Tunisie: 2 journalistes en grève de la faim, une manoeuvre selon le pouvoir

TUNIS (AFP) — Le rédacteur en chef et le directeur d'Al-Mawkif organe d'un parti d'opposition tunisien, Rachid Khéchana et Mongi Ellouze, ont annoncé samedi commencer une grève de la faim pour protester contre des vexations visant, selon eux, à étouffer le journal hebdomadaire.

"Nous commençons une grève de la faim illimitée jusqu'à la cessation des manoeuvres administratives et judicaires provoquées par le pouvoir pour étouffer Al-Mawkef", ont-ils déclaré au cours d'une conférence de presse au siège du journal et du Parti démocratique progressiste (PDP, légal).

Ils ont évoqué des "saisies répétées" du journal et affirmé être l'objet de "manoeuvres politiques en forme de procédures judicaires et administratives".

"La situation est intolérable, notre journal ne reçoit pas de publicités, ne vit que de ses ventes et se retrouve aujourd'hui menacé de disparition", s'est alarmé M. khéchana.

L'annonce de cette grève, qui intervenait 48 heures avant une visite d'Etat du président français Nicolas Sarkozy lundi à Tunis, a été qualifiée de "manoeuvre démagogique et opportuniste" par les autorités.

M. Kéchana, 55 ans, et M. Ellouze, 59 ans, ont justifié la grève de la faim comme "ultime moyen de défense", indiquant que des dirigeants du PDP, dont la secrétaire générale Maya Jribi, avaient tenté de vendre le journal à la criée dans le rues de Tunis pour protester contre "la censure déguisée".

Néjib Chebbi, chef historique du PDP, qui a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2009, a exigé la cessation des harcèlements exercés par le pouvoir, selon lui, et a affirmé que la grève de la faim visait à "attirer l'attention de l'opinion publique sur une grave détérioration de la liberté de la presse en Tunisie".

Le PDP doit comparaître en justice à la suite de plaintes déposées par des entités privées qui lui réclament quelque 300.000 euros de dédommagements pour des pertes présumées après la publication d'un article d'Al-Mawkif sur la distribution d'une huile de table frelatée.

Dénonçant la grève comme une "manoeuvre démagogique et opportuniste visant à induire l'opinion en erreur", les autorités ont estimé que "ces manoeuvres sont devenues une habitude" au PDP, "surtout lors d'événements susceptibles d'attirer l'attention de la presse internationale", ont-elles indiqué en allusion à la visite du président Sarkozy.

"Al-Mawkif ne fait l'objet d'aucune restriction, que ce soit au niveau du travail journalistique, de l'édition oui de la diffusion" a-t-on assuré de source officielle.

Cette source souligne que "les poursuites judiciaires évoquées émanent d'entreprises privées qui estiment avoir subi un double préjudice à la suite d'un article qui prétend, sans preuve que l'huile de table commercialisées est frelatée".

Les autorités accusent les responsables du journal de chercher à "se dérober à leurs responsabilités légales" et affirment que "les partis d'opposition publient et diffusent librement leurs journaux".

Al-Mawkif qui parait le vendredi titrait sur la visite du président français s'interrogeant en manchette à la Une "La démocratie serait-elle occultée durant la visite Sarkozy?".