Dick Cheney en Turquie, qui n'enverra pas de renforts en Afghanistan

ANKARA (AFP) — Le vice-président américain Dick Cheney s'est entretenu lundi à Ankara avec les dirigeants turcs, qui lui ont fait savoir qu'ils n'accroîtraient pas pour le moment leur engagement en Afghanistan, selon un haut responsable américain.

Les Turcs ont expliqué à Dick Cheney que leurs opérations contre les rebelles kurdes les empêchaient pour le moment de s'impliquer davantage en argent ou en hommes en Afghanistan, ont dit des responsables officiels.

Les Turcs n'ont dans ce domaine pris aucun "engagement immédiat à court terme", a déclaré aux journalistes un haut responsable américain qui a requis l'anonymat, après que Dick Cheney eut rencontré le président Abdullah Gul, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le chef d'état-major des forces armées, le général Yasar Buyukanit.

"Nous attachons de l'importance à la sécurité en Afghanistan et, en tant que membre de l'Otan, nous nous conformons aux décisions de l'Otan. Nous ne pouvons nous plier à ces décisions que tant qu'elles n'affaiblissent pas notre propre combat contre le terrorisme", a pour sa part dit un responsable turc à Ankara.

"Une décision sera prise en fonction de ces facteurs", a-t-il ajouté, requérant lui aussi l'anonymat.

L'agence Anatolie a quant à elle écrit que M. Cheney n'avait pas directement demandé à la Turquie l'envoi de renforts en Afghanistan.

Les Turcs y ont dépêché un contingent d'environ 1.150 militaires déployés dans Kaboul et sa région dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) de l'Otan.

Les Etats-Unis ont récemment appelé les pays membres de l'Alliance atlantique à accroître leurs efforts pour sécuriser et reconstruire l'Afghanistan.

Chassés du pouvoir fin 2001, les talibans ont déclenché une insurrection contre l'Etat afghan et les quelque 65.000 soldats étrangers qui le soutiennent.

Le programme de M. Cheney ne prévoit pas de conférence de presse mardi, à l'issue de sa visite en Turquie qui conclut une tournée l'ayant conduit notamment en Irak, en Afghanistan et en Israël.

Il devait aborder avec ses interlocuteurs à Ankara la situation en Irak, l'Afghanistan, l'Iran et le Proche-Orient, avant de se rendre à Istanbul (nord-ouest) pour une visite de sites historiques.

Au moment où la voiture de M. Cheney entrait dans l'enceinte du palais présidentiel, plusieurs dizaines de membres d'un petit parti nationaliste ont manifesté sur place contre sa visite, entourés d'agents de sécurité, selon des images diffusés par la chaîne d'information NTV.

Les manifestants ont brûlé une effigie du responsable américain.

A moins de 5 km de là, dans le centre-ville, des organisations non gouvernementales ont également manifesté avec des banderoles sur lesquelles on pouvait lire "Cheney va-t-en de Turquie !" et "USA hors du Proche-Orient !", a témoigné l'agence de presse Anatolie. Les manifestants se sont dispersés sans incident.

La lutte contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, les séparatistes kurdes de Turquie) devait également être évoquée dans les discussions à Ankara du vice-président américain.

L'armée turque a effectué en février une incursion dans le nord de l'Irak pour combattre les rebelles kurdes qui s'infiltrent en Turquie à partir de ce territoire qu'ils utilisent comme base arrière.

Les Etats-Unis, comme la Turquie, considèrent le PKK comme une organisation terroriste et Washington fournit à Ankara des renseignements pour combattre les séparatistes.

Mais l'offensive terrestre menée du 21 au 29 février a placé les Etats-Unis dans une situation délicate vis-à-vis de leur allié irakien.

Après un appel du président George W. Bush à mettre fin le plus vite possible à cette offensive, la Turquie s'était retirée d'Irak le 29 février, tout en se réservant la possibilité de revenir si elle le jugeait nécessaire.