Ligue 1: Bordeaux annonce la fronde contre l'Olympique Lyonnais

BORDEAUX (AFP) — S'il a arraché à Lyon le Trophée des Champions au terme d'une séance de tirs au but renversante (0-0, 5-4) samedi, Bordeaux s'est surtout montré à la hauteur des attentes placées en lui, supérieur dans le jeu et meneur déterminé d'une fronde à laquelle l'OL s'attend.

Certes, ce n'était que le Trophée des Champions, un avant-goût estival, et sans buts, de la saison. Mais une chasse gardée depuis six ans des septuples champions de France de Jean-Michel Aulas.

Comme on s'y attendait, on vit des degrés de forme inégaux, loin du niveau de la haute compétition; mais beaucoup de promesses, de volonté, d'engagement, de tension, d'émotion, annonciateurs peut-être de la L1 la plus indécise depuis longtemps.

Ce Bordeaux-Lyon était "plus qu'un match de préparation", admit Blanc. Plus qu'un gala avec remise de coupes et médailles.

Samedi, sous un ciel chargé, changeant et incertain, c'est comme un vent de changement qui a soufflé sur Chaban-Delmas, et la L1 s'est réveillée dimanche avec le sentiment que l'OL n'a sans doute plus la longueur d'avance ni l'ascendant psychologique des dernières années.

"Je sais que vous, la presse, vous chargerez de trouver d'autres significations à cette victoire", a verrouillé d'emblée Laurent Blanc, qui au passage a décroché le premier trophée de son palmarès d'entraîneur.

"Comme je l'ai dit aux joueurs, ce match-là, pas plus que la saison dernière, ne nous donne aucun droit pour le championnat, poursuit-il. J'ai dit et je répète que Lyon reste favori à sa succession, et j'espère que cette année, il y aura non pas une seule, comme l'an dernier, mais trois, quatre ou cinq équipes qui rivaliseront avec Lyon, et que Bordeaux en sera".

A Marseille, Paris, voire dans le Forez, on doit se réjouir de ces propos, et de cette première contrariété lyonnaise.

Mais on doit aussi s'inquiéter du potentiel de Girondins en progression constante depuis trois ans, renforcés à doses homéopathiques, précises et sages, au mercato (6,5 M d'euros dépensés pour Gourcuff, Gouffran, Placente) et désormais prétendants N.1 à une révolution de printemps.

"C'est certain, c'est clair (qu') on ne va pas pouvoir échapper à l'étiquette de favoris", regrette presque, lucide, l'attaquant Marouane Chamakh, immense combattant et homme du match contre Lyon.

"Personnellement, je ne peux pas dire que je vise le titre, ce serait se mettre de la pression pour rien du tout. Mais certainement, la L1 sera un peu plus serrée que d'habitude", prédit-il.

A condition que Marseille ne parte pas avec le handicap d'un début de saison raté, que Paris trouve enfin la (une) bonne formule, entr'aperçue en finale de Coupe de France, et que Saint-Etienne confirme ses nombreuses vertus. Sans parler du bloc nancéien et de la traditionnelle surprise du chef.

"Le dernier championnat était déjà intéressant", reconnaît le président Aulas. "Quand vous êtes devant au train depuis six ou sept ans et que vous voyez les autres qui se rapprochent, vous n'avez qu'une solution, c'est accélérer, ce qu'on a fait avec 80 M d'euros investis et un nouvel entraîneur. Mais plusieurs équipes ont accéléré, dont Bordeaux. Ce sera difficile, même si j'estime qu'on n'a jamais eu une équipe aussi forte à Lyon".

Des paroles de chef rassurantes avant une bataille que la France du football souhaite, pressent en fait, incertaine.