Paris annonce une aide supplémentaire au tribunal pour les Khmers rouges

PHNOM PENH (AFP) — La France augmentera cette année d'un million de dollars sa contribution au tribunal parrainé par l'ONU et chargé de juger d'ex-dirigeants du régime ultra-communiste des Khmers rouges au Cambodge, a annoncé vendredi la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade.

La France est, après le Japon, le second contributeur aux activités de la cour spéciale qui a déjà mis en examen cinq responsables de l'équipe de Pol Pot, accusés de crimes contre l'humanité pendant la période où les Khmers rouges étaient au pouvoir à Phnom Penh (1975-1979).

Mais le tribunal à participation internationale, qui s'est mis péniblement en place en 2006 après de longues négociations entre les Nations unies et les autorités cambodgiennes, a fait savoir en mars qu'il serait confronté à de sérieux problèmes de financement avant la fin de l'année.

La contribution française était, pour le premier appel de fonds, de 5 millions de dollars sur un budget total de quelque 56 millions.

Après "un temps d'adaptation", la cour "a besoin de fonds supplémentaires" et, pour 2008, la France "va accroître sa contribution d'un million de dollars", a déclaré Mme Yade lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite de trois jours au Cambodge.

Elle a expliqué que la France avait inscrit la "justice internationale" et la "lutte contre l'impunité" parmi les priorités de son action diplomatique à l'étranger. "Il faut démontrer que les droits de l'Homme, ce n'est pas que des mots", a dit Rama Yade.

La responsable française, qui a visité jeudi les locaux du tribunal à Phnom Penh où se déroulent déjà des audiences "avant procès", a estimé que la communauté internationale devait participer au "travail de mémoire" pour le Cambodge, qui contribuera à la réconciliation nationale, "après cette période noire de son histoire".

Près de deux millions de personnes ont trouvé la mort sous les Khmers rouges qui, au nom d'une idéologie mêlant maoïsme et nationalisme, ont fait régner la terreur il y a trois décennies au Cambodge.

Le 3 avril, l'Australie, qui avait déjà versé trois millions de dollars au tribunal, a annoncé une nouvelle contribution de 450.000 dollars.

Vendredi, Rafael Dochao Moreno, représentant de la Commission européenne, a indiqué que le montant précis de la contribution européenne pour 2008 était en train d'être finalisé.

Doté initialement d'un budget de 56,3 millions de dollars sur trois ans (2006-2009), la cour a vu ses coûts opérationnels exploser du fait notamment du travail de traduction en trois langues (khmer, français, anglais) et de mauvaises évaluations faites au départ.

Mercredi, alors que Rama Yade arrivait à Phnom Penh, l'avocat français Jacques Vergès a provoqué l'ajournement d'une audience consacrée à la détention provisoire de son client, l'ancien chef de l'Etat Khieu Samphan, en affirmant que 16.000 pages de documents constituant l'acte d'accusation n'avaient pas été traduites en français.

La cour lui a infligé un "avertissement" en arguant qu'il "abusait" des procédures.