Retour aux assises de "l'as de l'évasion", Pascal Payet

NICE (AFP) — Neuf mois après la fin de sa dernière cavale, le braqueur multirécidiviste Pascal Payet, auteur de deux évasions spectaculaires, s'est retrouvé mardi devant les juges de la cour d'assises de Nice, peu impressionné par un dispositif de surveillance exceptionnel.

Pascal Payet, 44 ans, doit répondre jusqu'à la fin de la semaine de deux vols de voiture à main armée et des tentatives d'homicide qui ont suivi sur des policiers qui l'avaient pris en chasse, près de Cannes (Alpes-Maritimes), en novembre 2002, lors de sa première cavale.

Devant la cour, le grand brun au regard clair, à la stature carrée, qui a déroulé son récit des faits durant plus d'une heure, a fait preuve d'une belle assurance et tracé en creux le portrait d'un pro de la cavale, dur au mal.

Blessé à l'épaule lors des échanges de tir avec les policiers, il a expliqué avoir perdu beaucoup de sang, "mais, a-t-il dit, j'arrivais encore à bouger les doigts. Donc je savais que c'était moyennement grave car j'ai eu pas mal de pépins de santé dans ma vie: tendons brisés, artères coupées. Sur l'avant du bras, j'ai fait les points de suture moi-même (...)".

Disert, la parole aisée teintée d'une pointe d'accent du sud, ce natif de Montpellier, qui a grandi à Lyon et Marseille, a même fait preuve d'une certaine bonne volonté lorsqu'il a retracé le fil des événements.

La cour a voulu connaître sa position au moment des tirs. Qu'à cela ne tienne, il s'est alors mis à mimer ses gestes de l'époque.

En s'attachant à toujours servir sa version des faits, il a assuré ne pas avoir visé les agents mais simplement tiré pour protéger sa fuite. "Mon passé ne parle pas pour moi mais je ne me suis pas dit +je vais me faire du flic+", a-t-il dit.

Payet a cherché a convaincre la cour qu'il ne mentait pas: "j'ai une partie de moi qui reste honnête".

Son avocat a joué la même partition, laissant entendre qu'il n'avait pas d'intérêt à mentir. "Qu'avez-vous à perdre ou à gagner dans ce procès ?", a-t-il demandé à son client qui, entre autres condamnations, purge une peine de 30 ans pour le meurtre d'un convoyeur, en novembre 1997.

"Sur le quantum de la peine, pas grand chose, j'ai déjà pris pour 43 ans de prison", a répondu Payet qui encourt à Nice la réclusion à perpétuité.

Echaudée par les deux évasions de Payet en hélicoptère qui ont forgé sa réputation de roi de la belle - en 2001 de la prison de Luynes (Bouche-du-Rhône) et en 2007 de la prison de Grasse (Alpes-Maritimes) -, la justice ne pouvait envisager de péripétie supplémentaire et a pris ses précautions.

Hélicoptère pour suivre le cortège du détenu jusqu'au tribunal, membres cagoulés du GIPN pour l'encadrer dans la salle d'audience, fouille serrée à l'entrée du palais, Pascal Payet n'a pas volé son statut de "DPS", "détenu particulièrement signalé" aux yeux de l'administration pénitentiaire.

"La dernière fois que je lui ai rendu visite en prison, nous nous sommes vus dans une bulle en verre entourés de +tortues-ninja+ surarmées", soupirait son avocat, Luc Febbraro, avant le début de l'audience.

"Il est dans un esprit de survie, il ne vit que pour les moments de cordialité qu'il peut passer avec sa compagne et ses deux filles", confiait encore son avocat aux journalistes.