L'opposant équato-guinéen Severo Moto arrêté en Espagne pour trafic d'armes

MADRID (AFP) — L'opposant équato-guinéen en exil Severo Moto, régulièrement accusé par Malabo de vouloir renverser le régime du général Teodoro Obiang Nguema, a été interpellé lundi en Espagne pour trafic d'armes vers son pays, a-t-on appris mardi de source judiciaire.

Cette interpellation, sur ordre du juge espagnol Fernando Andreu, fait suite à la découverte d'armes de guerre par la police espagnole le 6 mars dans le port de Sagunto (est), dans un chargement à destination de Malabo.

Selon les médias espagnols, il s'agit de trois armes "de combat" découvertes dans un véhicule d'occasion qui devait embarquer dans un navire pour Malabo.

Chef de l'autoproclamé gouvernement équato-guinéen en exil, M. Moto a été interpellé pour un délit présumé de "trafic d'armes de guerre avec la Guinée Equatoriale" et placé en garde à vue à Madrid, a-t-on précisé.

L'opposant, qui réside depuis 1982 en Espagne, où il bénéficie du statut de réfugié politique depuis 1986, pourrait être présenté au juge d'instruction mercredi, selon la police.

Il a été condamné par contumace en Guinée Equatoriale à 62 ans de prison pour son rôle dans un coup d'Etat manqué en mars 2004 contre M. Obiang, pour le financement duquel Mark Thatcher, fils de l'ex-Premier ministre britannique Margaret Thatcher, a été condamné en Afrique du Sud.

Son arrestation intervient après l'annonce, le 14 mars, par les autorités équato-guinéennes, de la découverte à Malabo d'un "important chargement illégal d'armes de guerre".

Un responsable équato-guinéen avait affirmé que ces armes avaient été "envoyées depuis l'Espagne sur ordre de Severo Moto" afin de "créer une révolte" et "un bain de sang dans le pays".

La Guinée Equatoriale a ensuite interdit l'importation de véhicules d'occasion, en particulier venant d'Espagne, pour "éviter l'entrée illégale d'armes" dans le pays.

Le numéro deux du "gouvernement" équato-guinéen en exil, Armengol Engonga, joint mardi par l'AFP à Madrid, a appelé à la "prudence". "Tant que nous ne connaissons pas ce sur quoi se base l'accusation et la nature des preuves, nous ne pouvons pas nous prononcer" sur l'arrestation de M. Moto, a-t-il déclaré.

M. Engonga a souligné que le Tribunal suprême espagnol avait confirmé récement le statut de réfugié politique de Severo Moto et jugé non fondé un rapport du renseignement espagnol selon lequel il aurait représenté un danger pour la sécurité espagnole.

Son statut de réfugié politique a en effet été confirmé en mars par la haute juridiction espagnole qui a invalidé une décision du gouvernement espagnol.

Le gouvernement socialiste espagnol avait annoncé en décembre 2005 son intention de révoquer le statut de Severo Moto, arguant de "sa participation démontrée dans plusieurs tentatives de coups d'Etat" en Guinée Equatoriale.

Cette décision, contestée par M. Moto, avait été suspendue à l'été 2006 par la justice, le temps d'examiner le recours déposé par l'opposant.

C'est le président Obiang Nguema qui "exige, je ne sais pas à quelle condition, que l'on me renvoie d'Espagne ou que l'on retire mon statut", avait déclaré Severo Moto à l'AFP en 2005.

Une source gouvernementale espagnole avait affirmé qu'il ne serait "en aucun cas renvoyé en Guinée Equatoriale" ou dans "tout autre pays où il pourrait être poursuivi pour des raisons politiques".

Teodoro Obiang Nguema, qui dirige d'une main de fer la Guinée Equatoriale depuis 29 ans, a convoqué le 3 mars des élections législatives anticipées pour le 4 mai, un an plus tôt que prévu.

Ancienne colonie espagnole, la Guinée Equatoriale, est souvent pointée du doigt pour des violations des droits de l'Homme, mais aussi très courtisée pour ses importantes réserves pétrolières.