LYON (AFP) — L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a imposé vendredi à la Socatri, filiale d'Areva, de suspendre l'activité d'une de ses deux stations de traitement sur le site du Tricastin (Vaucluse), à l'origine d'une fuite accidentelle d'uranium lundi, estimant qu'elle n'est toujours pas sûre.
Dans un rapport accablant publié vendredi à Lyon, l'ASN fait état d'une "série de dysfonctionnements et de négligences humaines" dans la gestion de l'incident.
La Socatri a de son côté indiqué qu'elle cessait immédiatement d'utiliser la plus vétuste de ses deux installations, qu'elle prévoyait de fermer "dans les prochaines semaines" dans le cadre d'un plan de modernisation.
Lors d'une inspection jeudi, l'ASN a constaté que dans cette station une cuve fuyait toujours dans un bassin de rétention non étanche.
Le canal où une partie des effluents uranifères s'est déversée lundi soir a été asséché, mais en cas de pluie, l'eau peut à nouveau entraîner des sédiments contaminés vers la rivière voisine.
L'ASN a sommé la Socatri de vidanger les cuves de son ancienne station de traitement, en travaux lors de l'incident, et de cesser toute arrivée d'effluents.
L'ASN a aussi noté "une série de dysfonctionnements et de négligences humaines qui n'est pas acceptable", ayant entraîné un incident "assez inédit" par son ampleur.
Lors d'un transfert entre deux cuves, une vanne défaillante a entraîné le débordement d'une cuve dans un bac de rétention fissuré, qui a fui à son tour.
L'ASN souligne qu'une alarme s'est déclenchée lundi à 19H00 pour signaler qu'une cuve était trop pleine, mais l'exploitant n'a pas réagi.
Environ 20 m3 d'effluents uranifères ont alors fui dans le bac de rétention, fissuré par un engin de chantier une semaine auparavant, et 75 kg d'uranium se sont répandus dans le sol et les cours d'eau voisins.
La direction a constaté dès 23H00 la présence d'effluents dans une zone voisine, mais n'a déclenché un plan d'urgence que mardi à 05H30.
"Le bac de rétention fissuré depuis le 2 juillet n'a pas été réparé alors que l'exploitant connaissait l'existence de cette fissure, l'alarme n'a pas été suivi d'une inspection suffisante, les pouvoirs publics n'ont pas été prévenus aussi tôt qu'ils auraient dû", a dénoncé Charles-Antoine Louët, responsable de l'ASN de Lyon, lors d'une conférence de presse.
"On va faire en sorte que ce genre d'incident ne se reproduise plus, y compris en matière de gestion de crise", a affirmé un porte-parole de la Socatri.
L'ASN va transmettre un procès-verbal dans les prochains jours au procureur de la République de Carpentras.
Le réseau Sortir du Nucléaire a annoncé qu'il comptait porter plainte contre l'ASN pour "rétention d'information", reprochant à l'autorité de contrôle d'avoir tardé à prévenir la population.
La Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad) avait indiqué mercredi qu'elle allait porter plainte contre Areva pour "des violations répétées et très importantes des limites de rejets de produits radioactifs" par la Socatri.
L'ASN préconise la levée "très rapide" de l'interdiction d'utiliser l'eau de la nappe phréatique, une fois mise en place une surveillance de la concentration d'uranium dans cette nappe.
La fuite d'uranium n'a pas contaminé l'eau de la nappe phréatique autour du site nucléaire du Tricastin (Vaucluse), selon les premiers résultats des mesures publiés vendredi par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
En revanche la pêche, la baignade et l'utilisation des eaux de surface devraient rester interdites, dans l'attente de mesures effectuées sur les sédiments des cours d'eau voisins, d'ici une à deux semaines, selon l'ASN.
Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés. Plus »
