NICE (AFP) — Cinquante ans après l'implantation du premier pacemaker, le développement de la télécardiologie qui permet le suivi des patients à distance, ouvre une nouvelle ère dans la prise en charge des porteurs d'implants cardiaques.
La télécardiologie est l'un des thèmes phares abordés durant la 16e édition de "Cardiostim", congrès mondial de cardiologie qui s'est tenu ce week-end à Nice.
Désormais, les données relatives à l'état cardiaque du patient et au fonctionnement de l'appareil implanté peuvent être transmises directement, via une borne GSM installée au domicile du patient, au médecin qui les reçoit par mail, SMS ou fax, après traitement par un serveur central.
En routine, les données sont transmises à heure fixe, toutes les 24h00, mais lorsqu'une anomalie est décelée par l'appareil (arythmie significative, dysfonctionnement de sonde, batterie faible), la transmission est immédiate.
"Toutes les marques s'y mettent, la technologie est récente, encore peu diffusée en Europe mais c'est un enjeu incontournable pour l'avenir", a expliqué Philippe Ritter, rythmologue à la clinique chirurgicale Val d'Or à Saint-Cloud et président du congrès Cardiostim.
Alors que plus de 60.000 patients reçoivent chaque année un dispositif cardiaque implantable - pacemaker, resynchronisateur ou défibrillateur -, seule une minorité bénéficie pour l'instant du suivi à distance.
En France, 3.000 patients sont contrôlés via le système de télécardiologie associé à un stimulateur développé par la société allemande Biotronik, leader sur le marché hexagonal. Biotronik équipe 50.000 personnes dans le monde.
"Grâce à ce mode de suivi, le patient gagne en sécurité: avant même qu'il éprouve une gêne, le médecin est alerté d'une anomalie", observe Vincent Péters, directeur des affaires réglementaires et commerciales de la société.
Hors urgence, le nombre de visites de contrôle chez le rythmologue, lourdes pour les patients âgés et éloignés des centres de suivi, peut ainsi se limiter à une par an.
"C'est plus confortable mais l'impact de la télétransmission sur la relation de confiance, souvent très forte, entre le patient implanté et le praticien, reste à évaluer. Ceux qui commencent directement avec un suivi à distance, l'acceptent en général mieux", note Philippe Ritter.
L'économie réalisée par la diminution des consultations et des interventions - grâce à une alerte précoce - se double d'un gain de temps pour le cardiologue, non négligeable alors que le nombre de personnes âgées augmente et que celui des médecins est à la baisse.
Selon M. Péters, citant une étude réalisée en 2007, moins d'un "événement" par patient et par mois est en moyenne signalé au médecin par les dispositifs de suivi à distance actuellement à l'oeuvre.
"La question de la chaîne de transmission des données reste toutefois à préciser, tout comme celle de la responsabilité juridique, reconnaît-il. En cas d'alerte grave, qui doit-être responsable ? Peut-on imaginer former à cette tâche d'autres personnels que les médecins? Doit-on mettre en place une veille permanente, lors des repos du rythmologue?". Un nouveau type de prise en charge reste à penser.
Un nouveau mode de rémunération aussi: le traitement des données n'est actuellement pas un acte remboursé par l'assurance maladie - contrairement à l'Allemagne, l'Angleterre, le Portugal - ce qui limite, selon les différents acteurs, la généralisation de la télécardiologie.
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