Un mois après le séisme, la Chine face au défi de la reconstruction

HANWANG (AFP) — Un mois après le séisme meurtrier dans le sud-ouest de la Chine, qui a fait plus de 80.000 morts et disparus, le géant asiatique est confronté au gigantesque défi de la reconstruction.

Selon les autorités, trois ans seront nécessaires pour rebâtir les villes et infrastructures ravagées par la secousse du 12 mai à 14H28 (06H28 GMT) dans cette région montagneuse, proche de la métropole Chengdu.

Pour des experts étrangers, la route pourrait être plus longue.

"Les défis sont énormes et y faire face sera une lourde tâche dans les années à venir. Si j'en crois notre expérience, après un tel tremblement de terre vous avez besoin de cinq à dix ans de travail", commente Juan Manuel Suarez del Toro Rivero, Président de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Pékin a annoncé un investissement d'environ dix milliards de dollars pour cette seule année, avec comme priorité la reconstruction des routes, des écoles, des logements et la rénovation des infrastructures de communications.

Symbole de l'ampleur du travail: Beichuan, capitale d'un des districts les plus touchés. La ville, autrefois située dans une vallée, sera reconstruite dans un lieu plus sûr après avoir été presque entièrement détruite.

Cette semaine, la Chine a annoncé avoir écarté la menace posée par un lac formé à la suite du séisme et qui présentait un risque pour plus d'un million d'habitants. Les esprits peuvent désormais se tourner vers l'après-séisme.

Aider les survivants à reconstruire leur vie sera un autre combat. Quelque 15 millions de personnes ont été déplacées en raison du séisme.

Dans les médias officiels, la propagande vante la rapidité de décision des hauts dirigeants, le Premier ministre Wen Jiabao en tête.

Mais dans les villages de toiles, où vivent les déplacés, certains se posent des questions sur l'après.

"Pour l'instant, le gouvernement a fait un bon travail, mais nous devons savoir ce qui va nous arriver", dit Bai Tao, 34 ans.

Dans la ville de Hanwang, sa maison et son commerce de vêtements ont été entièrement détruits. Sa vie d'après-séisme commence à lui peser.

"Comme commerçants, nous avons de vrais problèmes. Mais tout ce que nous avons ce sont de l'eau et des nouilles instantanées. Nous avons besoin de savoir de quoi sera fait notre avenir", explique-t-il, avec colère, ce qui attire immanquablement une large foule.

Pour les spécialistes, la Chine, où le système social est déficient, devra mettre en place toute une série de programmes pour permettre à la population de retrouver une vie normale.

"Dans d'autres pays, à la suite d'un important désastre naturel, les question de la terre et du relogement ont été un problème", explique Yin Yin Nwe, responsable de l'équipe de gestion des catastrophes des Nations unies en Chine, ajoutant: "Par exemple, est-ce que ce sont les locataires des maisons détruites qui reçoivent des indemnités ou leurs propriétaires plus riches qui vivent dans les capitales?"

En tout cas, cet effort de reconstruction sera le plus important depuis 1976 et le tremblement de terre de Tangshan, dans le nord, qui avait tué au moins 240.000 personnes.

Aujourd'hui, Tangshan est une ville industrielle prospère et elle peut être une source d'inspiration, même si la zone touchée le 12 mai est surtout en zone rurale.

"Avant le séisme, le Sichuan était l'une des 12 provinces les plus pauvres et les moins développées, par conséquent les nouvelles structures et les nouveaux services devront être meilleurs", dit Yin Yin Nwe.

Dai Fusheng, lui, ne veut pas attendre. Ce producteur de riz, dont les champs ont été recouverts par un glissement de terrain à l'extérieur de Hanwang, a postulé pour un emploi en usine dans la ville de Shenzhen, dans le sud industriel, à 400 dollars par mois.

"La situation ne va pas revenir à la normale avant longtemps, il n'y a pas de temps à perdre", lâche-t-il.