Italie: vote de confiance mercredi au Parlement pour Romano Prodi

ROME (AFP) — Le chef du gouvernement italien Romano Prodi, dont la majorité hétéroclite a éclaté avec la défection d'un petit parti, a engagé mardi l'épreuve de vérité en demandant la confiance du Parlement, alors que l'hypothèse d'élections anticipées est privilégiée par les commentateurs.

Avant de demander la confiance mardi matin devant les députés, M. Prodi s'est dit assuré de surmonter l'épreuve "cette fois encore".

"Je fais référence à la Constitution pour vous demander, à vous députés, puis à vos collègues sénateurs, d'exprimer avec un vote de confiance votre jugement", a déclaré M. Prodi à l'issue d'un bref discours dressant un bilan positif de son action.

L'Italie a "besoin d'une continuité d'action", a-t-il ajouté.

Le vote des députés est prévu mercredi à 17H00 (16H00 GMT). Un désaveu du chef du gouvernement par la chambre basse, où la majorité de centre-gauche est confortable, semble improbable.

Mais les débats doivent lui permettre d'évaluer la combativité de sa coalition avant de se présenter devant le Sénat où sa majorité n'existe plus après le départ du parti de l'Udeur.

Le chef de ce parti, l'ancien ministre de la Justice Clemente Mastella, a déclaré lundi soir que "l'expérience politique du centre-gauche est terminée" et souhaité des élections anticipées.

Le chef de l'opposition de droite, l'ancien chef de gouvernement Silvio Berlusconi, a lui aussi réclamé des élections au printemps et déclaré que le gouvernement était arrivé "au terminus".

M. Mastella a claqué la porte de la majorité cinq jours après avoir démissionné de son poste de ministre de la Justice. Impliqué ainsi que son épouse dans une enquête judiciaire dans son fief de Campanie (sud) pour une affaire de corruption qu'il affirme infondée, il s'est plaint de ne pas avoir été soutenu dans cette épreuve par ses alliés.

Le chef de l'Udeur (centriste catholique), qui a toujours été un partenaire encombrant pour Romano Prodi, avait auparavant exprimé son désaccord sur une réforme de la loi électorale - par voie parlementaire ou par referendum - qui aurait pour conséquence de diminuer le poids des petits partis.

Selon de nombreux commentateurs, ce dernier point est la véritable raison de la rupture.

En cas d'échec devant le Parlement, M. Prodi n'aura d'autre choix que de présenter sa démission au président de la République Giorgio Napolitano. Celui-ci pourra alors décider soit de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections anticipées, soit de charger le président de l'une des deux chambres de former un gouvernement "institutionnel", soit de nommer un "gouvernement technique".

La crise actuelle, la plus grave mais pas la première affrontée par M. Prodi (68 ans) en vingt mois de gouvernement, a été accélérée par la recomposition du paysage politique et notamment par la naissance du Parti démocrate, la nouvelle grande formation de centre-gauche dirigée par le maire de Rome Walter Veltroni.

M. Veltroni a récemment affirmé que son parti ne rechercherait pas d'alliance aux prochaines élections. Il a également engagé des tractations avec M. Berlusconi sur la loi électorale.

Des élections anticipées seraient extrêmement risquées pour le centre-gauche. Un récent sondage publié le 14 janvier donnait 55% aux partis de droite et 43,5% aux partis de l'actuelle coalition de gauche, avec cependant un pourcentage record de 42% d'indécis.

Plusieurs médias s'interrogeaient mardi sur le rôle joué dans la crise par le Vatican, l'un des "pouvoirs forts" qui pèsent dans la vie politique italienne. Le Vatican aurait été informé par M. Mastella de sa défection avant M. Prodi, selon des indiscrétions.