Tibet: des morts dans de violentes manifestations à Lhassa

PEKIN (AFP) — Des violences opposant des manifestants tibétains hostiles à la présence chinoise aux forces de l'ordre ont fait des morts et de nombreux blessés vendredi dans le centre historique de Lhassa, la capitale du Tibet , selon une source médicale.

"Bien sûr qu'il y a des morts", a déclaré à l'AFP une employée au centre des urgences médicales, jointe par téléphone. "Nous sommes très occupés avec les blessés, il y a en beaucoup ici", a-t-elle ajouté, sans préciser si les victimes étaient des moines.

Il s'agit des plus importantes manifestations à Lhassa depuis le soulèvement de mars 1989.

Ce nouvel embrasement dans une région sensible, sous contrôle chinois depuis 1951, devrait renforcer la pression que subit déjà le gouvernement chinois sur la scène internationale pour améliorer les droits de l'homme, comme il s'est engagé à le faire en obtenant l'organisation des Jeux olympiques.

Pour sa part Radio Free Asia (RFA), citant des témoins à Lhassa, a fait état d'au moins deux morts.

Les manifestants "ont saccagé les magasins chinois et la police a tiré à balles réelles sur la foule. Personne n'a le droit de se déplacer dans Lhassa maintenant", a indiqué une source tibétaine à la radio qui se trouve aux Etats-Unis.

Selon l'agence officielle Chine Nouvelle, les forces de l'ordre à Lhassa ont procédé à des tirs de sommation et fait usage de gaz lacrymogènes, pour disperser la foule pendant les violences.

"De nombreux policiers ont été grièvement blessés" à Lhassa, selon Chine Nouvelle.

L'agence a affirmé samedi que "la violence s'était apaisée vendredi soir après une journée tumultueuse pendant laquelle des vitres ont été brisées, des magasins pillés, une mosquée brûlée et de nombreuses personnes blessées".

La situation restait cependant incertaine dans la nuit de vendredi à samedi, à Lhassa où des habitants joints par téléphone affirmaient tout ignorer d'éventuels événements à l'extérieur.

International Campaign for Tibet (ICT), un mouvement de défense de la cause tibétaine, a affirmé dans la nuit que selon certaines sources les autorités avaient "décrété la loi martiale".

Interrogé par téléphone, un représentant de Free Tibet campaign, Matt Whitticase a également fait état de contacts indirects témoignant "d'une répression accrue une fois la nuit tombée".

Aucun habitant contacté par téléphone n'a pu confirmer une poursuite des troubles ni des rumeurs de couvre-feu, tous expliquant qu'ils n'étaient pas sortis de chez eux depuis plusieurs heures.

Plusieurs réceptionnistes d'hôtels ont de leur côté soutenu que désormais "tout était calme".

Depuis lundi, des moines bouddhistes manifestent au Tibet et dans les provinces voisines, où vivent des minorités tibétaines, à l'occasion du 49e anniversaire du soulèvement de Lhassa qui avait abouti à l'exil en Inde du dalaï-lama.

A Dharamsala (Inde),un secrétaire du dalaï-lama a déclaré que les accusations chinoises selon lesquelles le chef spirituel tibébain avait fomenté les manifestations au Tibet étaient "absolument sans fondement".

"Nous pouvons assurer de façon catégorique que ces accusations sont absolument sans fondement et dénuées de toute vérité", a déclaré Chhime R. Chhoekyapa, en précisant que les manifestations étaient "spontanées".

Les violences ont touché vendredi la vieille ville de Lhassa, en particulier autour du célèbre monastère du Jokhang, un haut-lieu touristique, après plusieurs jours de manifestations de moines bouddhistes.

Depuis Dharamsala, dans le nord de l'Inde, le dalaï-lama, chef des bouddhistes tibétains en exil, a demandé à Pékin de "renoncer à l'usage de la force" contre les manifestants.

"Ces protestations sont la manifestation d'un profond ressentiment du peuple tibétain à l'égard du régime actuel". "J'appelle donc les responsables chinois à renoncer à l'usage de la force et à mettre fin à ce ressentiment persistant à travers le dialogue avec le peuple tibétain", a-t-il ajouté.

Ces incidents interviennent à la veille d'un important rendez-vous politique à Pékin, où le Parlement doit confirmer un nouveau mandat de président pour Hu Jintao. Ce dernier était à la tête du Tibet en 1989, lors des précédentes grandes manifestations.

La Grande-Bretagne, les Etats-Unis et les dirigeants européens ont fait part de leur inquiétude, appelant la Chine à la retenue et au respect de la culture tibétaine.