Egypte: municipales sur fond de violente contestation sociale
LE CAIRE (AFP) — Les Egyptiens votaient mardi pour des élections municipales boycottées par l'opposition islamiste, sur fond d'une tension sociale qui a fait la veille un mort dans une cité ouvrière du delta du Nil.
"Les résultats étaient connus d'avance, le parti au pouvoir à déjà emporté les deux tiers des sièges faute de la moindre concurrence", a noté l'ONG Egyptian Organisation of Human Rights (EOHR), résumant l'absence de suspens.
Les bureaux de vote fermaient à 19H00 locales (17H00 GMT) pour l'élection des maires des 52.000 localités de ce pays de près de 80 millions d'habitants, dont 35,6 millions d'électeurs.
Si ce scrutin ne menacera pas le régime du président Hosni Moubarak, il s'est toutefois déroulé dans une grande tension sociale en raison d'une flambée des prix et d'une pénurie du pain subventionné.
Dans la nuit de lundi à mardi, un adolescent de 15 ans a été tué par un tir policier lors de heurts à Mehalla, un centre de l'industrie textile à 120 km au nord du Caire.
A la suite de cette annonce, le Premier ministre Ahmad Nazif et d'autres membres du gouvernement se sont déplacés sur les lieux pour tenter de désamorcer la contestation, encore localisée. Une prime d'un demi-mois de salaire pour les 24.000 ouvriers de la grande usine textile a été annoncée.
Il y a deux ans, c'est de là qu'était parti un grand mouvement de grèves qui avait gagné le secteur textile public, le second secteur industriel du pays.
Depuis dimanche, les heurts à Mehalla ont fait 82 blessés légers, selon une source de sécurité, et 96 dont certains grièvement touchés, de source médicale. 331 personnes arrêtées ont en outre été placées en garde à vue pour 15 jours.
Parallèlement, le vote s'est poursuivi dans le pays sans incidents notables, mais avec une faible participation apparente, selon les premiers rapports de l'EOHR.
Une autre ONG, Egyptian Association for Supporting Democracy (EASD), a rapporté que ses observateurs avaient été empêchés d'opérer dans un demi-douzaine de gouvernorats, et certains interpellés. EASD détaille quelques cas d'intimidation ou de fraudes.
Déjà mis de facto hors jeu par le pouvoir, les Frères musulmans, dont les candidats ont été victimes de rafles ou empêchés de se présenter, ont appelé lundi à boycotter le scrutin.
Dix-neuf militants de la formation islamiste, interdite mais tolérée, ont été arrêtés mardi à Islamiyya (nord-est), a affirmé à l'AFP Mohammed Habib, numéro deux des Frères musulmans, estimant qu'il s'agissait d'une réaction du pouvoir à ce boycott.
Le PND, lui, était présent partout avec ses 52.000 candidats qui submergent un millier de candidats d'un camp adverse divisé, du parti libéral Wafd aux communistes du Tagammou.
Cette consultation avait été reportée en 2006, le pouvoir redoutant de voir se rééditer une percée des islamistes. Les Frères musulmans, principale force d'opposition, avaient remporté un siège sur cinq aux législatives de 2005.
Plus haut dignitaire musulman d'Egypte et proche du pouvoir, le cheikh d'Al-Azhar, Mohammad Sayyed Tantaoui, avait lancé un appel en faveur du vote, estimant qu'il s'agissait d'un devoir pour tout musulman, dans une déclaration à Mena.
Parmi les rares votants rencontrés par l'AFP, certains exprimaient l'espoir d'une élection transparente. Les ONG égyptiennes et internationales affirment que les scrutins électoraux sont toujours entachés d'une fraude massive.
"Je vote dans l'espoir d'une vie moins dure, sans pénurie de pain. Espérons que le scrutin ne soit pas truqué comme d'habitude", a affirmé à l'AFP Mohamed Abdel Meguid, 28 ans, venu voter dans une école d'Agouza, au Caire.
Les résultats du scrutin seront annoncés par les gouverneurs des provinces à partir de mercredi et pendant cinq jours.

