Autriche-Croatie: une histoire de voisinage

VIENNE (AFP) — L'Autriche et la Croatie, adversaires dimanche à Vienne lors de l'Euro-2008, entretiennent des rapports particuliers en raison de leur proximité géographique et de la présence dans la capitale de nombreux ressortissants croates qui suscite une vigilance accrue des forces de sécurité.

Selon le bon mot en cours à Vienne, trois équipes vont jouer à domicile en Autriche pendant l'Euro-2008. L'Autriche, bien sûr, mais aussi la Croatie et la Turquie; deux nations accompagnées de cohortes de supporteurs parfois violents.

Comme les Turcs résident en Suisse lors de la première phase, seuls les "fans" de l'ex-république yougoslave inquiètent les autorités autrichiennes.

Environ 56.000 Croates vivent dans le pays, selon les statistiques officielles de 2008, et des dizaines de milliers devraient parcourir les quelques centaines de kilomètres qui séparent la Croatie des frontières autrichiennes les jours de matches.

A Vienne, où vivent environ 16.500 Croates, le point de ralliement devrait être la Ottakringerstrasse. Surnommée +la rue des Balkans+, ses bars et restaurants arborent le drapeau orné du damier rouge et blanc et diffusent de la musique traditionnelle.

Ici, les maillots de l'équipe entraînée par Slaven Bilic trônent dans les vitrines des magasins de sport, à côté de ceux d'autres nations.

"Tout le monde parle croate ici, beaucoup de personnes issues de l'ex-Yougoslavie vivent ici", explique Robert Dragicevic, un loueur de vidéos, dans un allemand hésitant malgré 17 années de résidence en Autriche.

"Quand la Croatie gagne, nous faisons la fête. Mais quand elle perd, il y a des problèmes: des querelles, des bagarres avec les autres supporteurs", soupire-t-il.

En juillet 2007, des incidents avaient opposé des partisans du Rapid de Vienne et du Dinamo Zagreb à Kapfenberg, à une centaine de kilomètres de Vienne, après un match amical. Trente policiers avaient été blessés.

"Les gens qui vivent ici ne causeront certainement pas de problèmes, mais ceux qui viendront de +là-bas+ ou d'autres pays, vous ne pouvez pas savoir", insiste plus loin Robert Benussi, le manager, croate, du café Styxx.

"Si nous gagnons le premier match face à l'Autriche, nous allons faire une grosse fête. Il y aura beaucoup de rires mais aussi beaucoup d'alcool", rigole-t-il.

Le quartier, avec sa large population immigrée - turque, polonaise ou serbe - a mauvaise réputation. M. Benussi a engagé des vigiles supplémentaires pour les jours de matches, "pas pour mettre les gens dehors mais pour garder les choses sous contrôle".

Le chef de la police de Vienne Gerhard Pürstl a indiqué vendredi qu'il "garderait un oeil" sur les points potentiellement sensibles dimanche. Et plus de 1.800 policiers pourront éventuellement être appelés en renfort.

Par précaution, la mairie de Vienne a mis en place une ligne d'assistance téléphonique, en lien avec des groupes croates, pour les visiteurs et les locaux.

Pour prendre le problème à la source, au moins 398 supporteurs croates, classés violents, n'ont pas le droit de rentrer en Suisse et en Autriche pendant le tournoi. De plus, la Croatie a envoyé une trentaine de policiers qui assisteront leurs homologues autrichiens.