Sous pression des Etats-Unis, l'Allemagne envisage des renforts en Afghanistan
MUNICH (AFP) — Sous la pression accrue des Etats-Unis qui demandent aux Européens plus de troupes en Afghanistan, l'Allemagne a donné samedi les premiers signes qu'elle pourrait accroître son effort de guerre.
Des parlementaires de la coalition de la chancelière Angela Merkel envisagent d'élargir le mandat de l'armée en Afghanistan qui doit être renouvelé en octobre par le Bundestag. Il autoriserait l'envoi de mille hommes supplémentaires -portant la limite de 3.500 à 4.500- et l'extension vers l'ouest de la zone actuelle de déploiement et pendant plus longtemps.
L'initiative vient du parlement, a expliqué à l'AFP le plus haut responsable du parti CDU de Mme Merkel à la commission des affaires étrangères, Karl-Theodor zu Guttenberg. Le magazine Der Spiegel avait attribué le projet au gouvernement.
Le nouveau mandat ne prévoierait pas toutefois d'envoyer des troupes dans le sud afghan où se déroulent les combats les plus durs contre les talibans, comme le demande depuis des mois Washington. L'Allemagne est responsable de la zone nord de l'Afghanistan.
L'opinion publique allemande, déjà en majorité hostile à la guerre en Afghanistan, est résolument opposée à l'envoi de troupes dans le sud.
Le ministre allemand de la Défense Franz Josef Jung a refusé de commenter ces informations, se contentant de répéter que le mandat en cours était intangible, lors de la 44ème conférence sur la sécurité réunissant des centaines de responsables et d'experts à Munich (Bavière).
Un porte-parole du ministère de la Défense n'a cependant pas exclu cette possibilité. "On discutera lors du renouvellement du mandat, si des renforts sont nécessaires du point de vue militaire", a déclaré Thomas Raabe à l'AFP.
Le chef de la diplomatie allemande Franz Walter Steinmeier a pour sa part confirmé dans une interview publiée samedi qu'il serait utile de demander un mandat plus long, pour éviter que le vote annuel intervienne en pleine campagne pour les législatives de l'automne 2009.
Devant la recrudescence des attaques des talibans depuis deux ans, les effectifs de la force internationale commandée par l'Otan, l'Isaf, auxquels contribuent 40 pays, sont passés de 16.000 à 43.000 hommes.
Mais de nouveaux renforts sont demandés et la plupart des pays européens présents dans le nord et l'ouest de l'Afghanistan comme l'Allemagne, mais aussi l'Espagne et l'Italie, sont réticents à envoyer des renforts dans le sud.
L'Allemagne, troisième contributeur de troupes en Afghanistan, a opposé une fin de non recevoir à Washington, la Pologne lui a emboîté le pas vendredi.
Washington va néanmoins insister pour que les Alliés, y compris l'Allemagne, contribuent à l'effort en Afghanistan, "soldat pour soldat, euro pour dollar", a déclaré l'ambassadrice des Etats-Unis auprès de l'Otan, Victoria Nuland, dans une tribune publiée par le journal Berliner Zeitung.
Aussi, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a-t-il poursuivi samedi ses efforts de persuasion auprès des alliés dans une série d'entretiens bilatéraux en marge de la conférence à Munich, après une réunion de deux jours avec ses homologues de l'Otan à Vilnius.
A Vilnius, M. Gates avait dit comprendre que des gouvernements européens, notamment des cabinets de coalition comme en Allemagne, ne pouvaient pas réunir une majorité parlementaire pour envoyer leurs troupes au combat.
Mais dans ce cas, ils pourraient fournir de l'équipement, comme des hélicoptères et des drones, ou financer les opérations de l'Otan, avait-il suggéré.
La France, dont le gros des troupes est basé à Kaboul, s'est montrée disposée à étudier l'envoi de troupes de combat dans le sud pour y soutenir le contingent canadien, mais elle ne donnera vraisemblablement pas sa réponse avant le sommet de l'Otan, du 2 au 4 avril à Bucarest.

