Tara: de la banquise à la tour Eiffel

PARIS (AFP) — La goélette polaire Tara, qui a réussi de septembre 2006 à janvier 2008 une dérive sans précédent sur la banquise arctique, dans le cadre de l'Année Polaire Internationale (API 2007-2008), est à Paris.

Le deux mâts de 130 tonnes, long de 36 mètres, est amarré depuis cette semaine au port des Champs Elysées, rive droite, à l'ombre du pont Alexandre III, où il attend le public jusqu'au 15 janvier prochain.

Mais c'est une étrange barge aux mâts de 27 mètres couchés sur le pont pour passer sous les arches et passerelles du fleuve, qui a remonté depuis Rouen le cours de la Seine avant de tracer son sillage aux pieds de la tour Eiffel.

La "baleine" (comme l'a baptisé son équipage en raison de ses formes rebondies) est venue s'amarrer sous les Pégases de bronze dorés juchés sur les quatre pylônes du pont métallique aux 32 candélabres offert à la France par le Tsar Alexandre III de Russie.

Clin d'oeil de l'Histoire, c'est de Russie et en l'espèce des îles les plus septentrionales de la Sibérie que Tara est partie en septembre 2006 pour son odyssée arctique de 507 jours.

"Cette étape parisienne organisée en partenariat avec la mairie de Paris, accompagnée d'une exposition à quai retraçant notre aventure et proposant un voyage +au coeur de la machine climatique+, boucle la boucle de cette épopée humaine et scientifique arctique", a déclaré à l'AFP Etienne Bourgois, le patron de "Tara Expéditions" et Directeur général du groupe Agnès B., principal sponsor de l'expédition.

"Mais, a-t-il souligné, les aventures de Tara vont se poursuivre sur toutes les mers et certains fleuves du globe lors de nos prochaines missions d'études consacrées à la préservation de l'environnement et à la lutte contre le réchauffement climatique".

Grant Redvers, le "Kiwi" néo-zélandais de 38 ans qui a commandé pendant toute la dérive arctique (il est le seul à être resté 500 jours à bord), les différents équipages de "glacionautes" qui se sont succédé à bord de la goélette prise dans les glaces, ne cache pas son émotion en voyant se profiler, au détour d'un méandre, la flèche miroitante de la dame de fer.

"Cette vision, depuis le pont de Tara est étrange, magique et pour tout dire anachronique, confie-t-il. Les images s'entrechoquent dans ma tête. La tour Eiffel se dessine en surimpression sur mes inoubliables souvenirs de l'immensité blanche et glacée..."

Une fois à quai, une puissante grue est entrée en action pour redresser les deux mâts du voilier, pesant chacun deux tonnes.

Sur la berge sont installés sur 200 m2, de grands containeurs abritant l'exposition photos et vidéos ainsi que des ateliers scientifiques pour grands et petits (les écoliers, collégiens et lycéens de la capitale) pour qui cette manifestation "a été prioritairement organisée", souligne Etienne Bourgois.

L'aventure de Tara est également depuis cette semaine dans les bacs des libraires sous la forme d'un "beau livre", "Tara - 500 jours de dérive arctique", dont les photos sont signées Francis Latreille et les textes Michèle Aulagnon (Ed. Gallimard, 190 pages, 35 euros).