PARIS (AFP) — Le Théâtre du Châtelet à Paris accueille à partir de mercredi l'un des spectacles les plus inattendus de la rentrée, l'opéra pop "Monkey, journey to the West", oeuvre du Chinois Chen Shi-Zheng et des créateurs du groupe virtuel Gorillaz, les Anglais Damon Albarn et Jamie Hewlett.
Ce spectacle est un ovni. Adapté d'un classique de la littérature chinoise datant de 1592, "La pérégrination vers l'Ouest" ("Xi You Ji" en version originale), il télescope tradition millénaire et pop culture.
Il mêle acrobaties, combats d'arts martiaux et chants chinois... composés par un Anglais, Damon Albarn, figure incontournable de la pop depuis plus de 15 ans et touche-à-tout, qui a su se renouveler profondément depuis ses débuts avec le groupe Blur.
Les deux autres chevilles ouvrières de ce spectacle hors normes sont le Chinois Chen Shi-Zheng (conception et mise en scène) et le graphiste anglais Jamie Hewlett (concepts visuels, animations, costumes), créateur de l'identité visuelle de Gorillaz.
"Monkey, journey to the West" raconte les aventures du Roi Singe, maître kung fu caractériel et arrogant qui accompagne le moine Tripitaka dans son voyage vers l'Ouest (l'Inde) à la recherche de manuscrits sacrés.
Ce "voyage vers l'Ouest" est aussi spirituel, comme l'explique dans sa note d'intention Chen Shi-Zheng, fasciné par ce conte depuis son enfance sous la Révolution culturelle: "la légende décrit le cycle complet de la transformation de l'animal à l'humain puis à l'immortel et jusqu'au Bouddha, cheminement qui est le fondement de la philosophie bouddhique".
Le spectacle est une coproduction du Châtelet (coproducteur à 76% et propriétaire du concept), du Staatsoper de Berlin et du Festival international de Manchester, où il a été rodé fin juin-début juillet.
Bien que frappante, la présence d'Albarn au générique de cette production n'a rien d'étonnant tant cet Anglais de 39 ans a su repousser toujours plus loin les frontières de la pop, dans une boulimie de création aussi compulsive qu'inspirée.
Fer de lance de la "brit pop" avec Blur dans les années 90, il a ensuite fondé Gorillaz (groupe virtuel composé de quatre musiciens de BD) et créé le label Honest Jon's, sur lequel il a sorti l'album "Mali Music" (2002, en collaboration avec des musiciens maliens) ou exhumé des perles soul.
L'an passé, il a initié le projet "The Good, The Bad and The Queen", "supergroupe" au sein duquel il côtoie Paul Simonon (bassiste de The Clash), Simon Tong (guitariste de The Verve) et le Nigérian Tony Allen (ancien batteur de Fela Kuti).
Dernièrement, il a piloté l'enregistrement d'un album de musique châabi algéroise qui sortira en octobre.
A travers ses nombreux projets, Albarn fait presque oeuvre d'ethnomusicologue pop. D'ailleurs, il s'est rendu en Chine avec Hewlett et Chen pour s'imprégner de la légende du Roi Singe et des musiques de ce pays qui le fascine.
"Monkey, journey to the West", qui aurait dû être créé au Châtelet en juillet mais a été repoussé à fin septembre pour l'ouverture de la saison, sera à l'affiche du théâtre parisien jusqu'au 13 octobre.
Face au succès des réservations, le Châtelet a ajouté vendredi trois représentations aux quinze initialement prévues (renseignements: www.chatelet-theatre.com). Le spectacle sera présenté au Staatsoper de Berlin en juillet 2008.
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