Temps travail: des garanties selon M. Bertrand, inexact disent les syndicats
PARIS (AFP) — Le ministre du Travail Xavier Bertrand a assuré mercredi sur RTL que la réforme du temps de travail, vivement contestée par les syndicats, apporterait aux cadres et salariés assimilés "trois garanties", là où "il n'y en avait même pas une" auparavant.
"Demain (...) il y aura des garanties qu'on ne pourra vraiment pas aller au-delà de 235 jours", que les cadres seront "mieux payés s'ils vont au-delà de 218 jours", et qu'il faudra "un accord dans l'entreprise signé par les représentants du personnel, qui autorisera qu'il y ait des forfaits-jours, et la signature du cadre lui-même", a détaillé M. Bertrand.
Interrogé ensuite sur Europe 1 pour savoir si les cadres perdraient des RTT, M. Bertrand a répondu "certainement pas" et accusé "les députés socialistes, bien discrets pendant le débat (parlementaire), de raconter n'importe quoi".
Il a néanmoins reconnu que le gouvernement "voulait permettre de travailler davantage" et "n'avait pas été élu pour être à 70% d'opinions favorables".
"Je n'impose rien depuis mon bureau, je rends les choses possibles", a-t-il souligné. En réponse à un auditeur, cadre commercial, satisfait de son temps de travail, M. Bertrand a rétorqué que "quand on gagne pas assez, les RTT c'est virtuel et on ne part pas à l'hôtel le week-end", que quand un cadre "bosse chez lui le week-end (...) le texte permettra de se faire payer ces jours".
Le texte a été voté mardi par les députés et sera examiné à partir de la semaine prochaine au Sénat, pour entrer en vigueur le plus rapidement possible.
Le Parti socialiste a annoncé mercredi le lancement à la rentrée une grande campagne sur les conséquences de la loi Bertrand réformant le temps de travail, avec "des millions de tracts".
L'entourage du ministre a rappelé qu'il n'existait aujourd'hui aucun plafond maximal à la durée du travail des cadres (mis à part le respect des temps de repos pour des raisons de santé publique), alors qu'avec la réforme, il existerait un plafond fixé à 235 jours "à défaut d'accord collectif".
Cela n'empêchera pas un accord collectif de fixer un nombre de jours travaillés plus élevé.
L'Ugica-CFTC a donc jugé "totalement inexactes" les assurances données par le ministre du Travail qualifiées de "pseudo-garanties" dans une lettre ouverte. Elle a souligné que "l'application du texte permet théoriquement un plafond de 282 jours ... loin de la promesse à 235 jours".
Quant à la nécessité d'un accord dans l'entreprise et du cadre lui-même pour passer au forfait jours, il n'y a "aucune nouveauté depuis la loi Aubry", selon l'Ugica-CFTC.
L'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens Ugict-CGT a pour sa part dénoncé "l'indécence de l'offensive gouvernementale contre le temps de travail" des cadres, et annoncé une pétition nationale.
Les 35 heures correspondent à 218 jours de travail. Dans bon nombre d'entreprises, les accords conclus après les lois Aubry ont fixé le temps de travail de l'encadrement à 200 voire 210 jours.
Cela signifie que les cadres, en plus de leur congés payés et repos hebdomadaires, ont un nombre variable de jours de repos RTT, en compensation des heures supplémentaires qu'ils effectuent régulièrement.
En outre, les entreprises sont tenues de respecter le cadre fixé par la convention collective de la branche dont elles dépendent.

