Des experts dénoncent la "dérive" du marché des médicaments psychotropes

PARIS (AFP) — Des psychiatres, psychologues et chercheurs ont dénoncé une "dérive" du marché des médicaments psychotropes, incriminant notamment la "logique marchande" des firmes pharmaceutiques, lors d'un débat organisé par la revue indépendante Prescrire jeudi à Paris.

Monique Debauche, psychiatre belge, a noté que le volume de vente des anti-dépresseurs a été multiplié par deux en France en 10 ans, alors qu'ils peuvent être inutiles, "la plupart des états dépressifs s'améliorant spontanément en quelques semaines".

Elle a expliqué la "dérive du marché des psychotropes" par la forte demande des patients, "habitués à penser leur souffrance en termes de maladie curable par un médicament", par la formation des médecins "centrés sur le médicament", et surtout par l'influence des firmes pharmaceutiques, "omniprésentes" dans la formation et l'information des soignants.

Elle a dénoncé à cet égard des études cliniques "construites comme des supports promotionnels", avec un discours "façonné par la logique marchande".

Barbara Mintzes, chercheur canadienne en santé publique, a dénoncé le "façonnage" de maladies, qui vise "à élargir la définition d'une maladie pour augmenter la quantité de traitements vendus".

Elle s'est insurgée aussi contre la tendance à élargir le marché des psychotropes en direction des enfants pour l'hyperactivité, la dépression et les troubles bipolaires, en dépit de leur manque d'efficacité et de l'importance des effets secondaires.

Un pharmacologue, Gilles Mignot, a constaté la "panne de l'innovation" et l'absence de "progrès thérapeutique" au cours des cinq dernières années dans le domaine des médicaments psychotropes. Parmi les médicaments qui "n'apportent rien de positif pour les patients", il a cité des antidépresseurs augmentant le taux de suicide chez les jeunes et des neuroleptiques entraînant une surmortalité d'origine cardiovasculaire chez les personnes âgées.

Mardi, l'UFC-Que Choisir avait proposé de limiter les dépenses de promotion des laboratoires pharmaceutiques, considérant que la prescription est "trop largement influencée par l'industrie pharmaceutique".

La revue Prescrire a attribué jeudi sa "pilule d'or" à un médicament contre un trouble congénital mortel du cycle de l'urée.