Energie solaire: le photovoltaïque décolle, la France à la traîne
PARIS (AFP) — La production d'énergie photovoltaïque décolle mais cette industrie accuse en France un sérieux retard, notamment sur l'Allemagne, selon les organisateurs de Solar Event, qui ont présenté à Paris cet événement destiné au grand public et aux professionnels.
Cette manifestation, une première qui sera organisée du 27 au 29 juin au Bourget-du-Lac, en Savoie, présentera l'éventail des technologies présentes et à venir, du bâtiment à la production d'électricité en passant par les voitures, avions et bateaux utilisant l'énergie solaire. Une course de véhicules sera notamment organisée et un village de l'habitat solaire installé.
Pour les habitations, l'énergie solaire est surtout utilisée pour produire de l'eau chaude et de la chaleur, grâce à des capteurs (solaire thermique).
Cette technologie, désormais éprouvée et très répandue en Chine, a connu une forte croissance en France grâce au "plan soleil" lancé par les pouvoirs publics en 1999, mais le nombre de capteurs installés par habitant ne s'élevait en 2007 qu'au tiers de la moyenne européenne, selon le ministère de l'Industrie.
Le retard accusé par la France est encore beaucoup plus important pour l'énergie photovoltaïque, qui transforme en électricité le rayonnement solaire. Cette forme d'énergie, à la fois inépuisable et décentralisée, reste encore coûteuse, et son démarrage nécessite des aides publiques.
L'Allemagne produit actuellement 1.200 mégawatts (MW) d'électricité solaire, contre à peine une cinquantaine pour la France, selon les chiffres de l'Association européenne de l'industrie photovoltaïque (EPIA).
Depuis 2007, un crédit d'impôt pouvant aller jusqu'à 8.000 euros est accordé au contribuable français, qui peut en outre revendre son électricité 55 centimes le kilowatt/h à EDF si son installation est intégrée à la toiture. EDF vend l'électricité à un coût plus bas, de 15 centimes.
Le marché du photovoltaïque connaît actuellement une croissance supérieure à 40% par an, a souligné, lors de la présentation de Solar Event à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris, Eric Laborde, directeur général de Photowatt, le seul producteur français de cellules photovoltaïques.
Grâce aux aides publiques, au renchérissement du pétrole et à la baisse des coûts du solaire, "il deviendra bientôt aussi compétitif de produire son énergie que de l'acheter à EDF", espère M. Laborde.
La lourdeur des procédures pour le raccordement au réseau et la pénurie d'installateurs qualifiés freinent toutefois encore le développement du marché. Tandis que le solaire thermique exige le recours à un couvreur et un plombier, il faut y ajouter un électricien dans le cas du photovoltaïque.
"Il n'est pas normal que quelqu'un qui est équipé et a complété son dossier soir obligé d'attendre jusqu'à quatre mois" pour être raccordé par EDF, a déclaré Jean-Pierre Vial, sénateur UMP de Savoie, qui veut que "l'appropriation du solaire par nos concitoyens puisse progresser".
M. Vial, qui est aussi vice-président du Conseil général de Savoie, a précisé que son département avait introduit un système de +guichet unique+ pour faciliter les démarches administratives. Le sénateur regrette "une résistance passive de la part d'EDF pour éviter une incitation trop forte".
Il y a chez le distributeur national "un paradoxe entre une résistance sur le terrain et la volonté de l'état-major de s'engager", constate pour sa part Vincent Jacques le Seigneur, de l'Institut national de l'énergie solaire (INES). Il a souligné que la direction de l'entreprise avait compris "l'intérêt du solaire dans le bouquet énergétique" et participait à de nombreux programmes pour le développer.

