La démission du haut-commissaire suscite des remous en Nouvelle-Calédonie
NOUMEA, (AFP) — La démission inattendue du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, Michel Mathieu, après un différend avec le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, suscite des remous dans ce territoire où le FLNKS évoque "une crise politique".
En poste depuis juillet 2005, Michel Mathieu, 63 ans, a demandé à être relevé de ses fonctions en fin de semaine dernière, à l'issue d'une visite du secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Christian Estrosi, et de discussions semble-t-il tendues, entre les deux hommes.
Tenu par un devoir de réserve, M. Mathieu n'a pas donné les raisons de cette décision. De sources concordantes, on indiquait lundi qu'elle serait liée à un désaccord avec M. Estrosi, sur le renforcement du rôle de l'Etat dans l'archipel, notamment en matière d'intervention des forces de l'ordre lors du blocage d'entreprises par les syndicats.
Interrogé sur la démission de M. Mathieu, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer a déclaré qu'il ne souhaitait pas faire de commentaires.
Plusieurs sociétés sont actuellement paralysées par des conflits dans cet archipel où le dialogue social est laborieux.
La démission de Michel Mathieu intervient en outre dans un climat politique déjà ombrageux depuis la récente réconciliation du camp anti-indépendantiste, qui fait craindre aux indépendantistes une panne dans l'application de l'accord de Nouméa.
Le Front de libération kanak et socialiste (FLNKS) a vivement dénoncé, dans un communiqué, la visite de M. Estrosi, tout en qualifiant de "courageuse" la décision de M. Mathieu.
"La démission du haut-commissaire, intervenant après des prises de positions irresponsables et pour le moins dangereuses, ouvre de fait une crise politique sur notre territoire", a indiqué le FLNKS.
"Il n y a aucune crise politique entre le gouvernement et le FLNKS", a répondu aussitôt le secrétaire d'Etat.
Les indépendantistes reprochent à M. Estrosi d'entretenir l'ambiguité sur l'accord de Nouméa, en affirmant vouloir le respecter fidèlement mais en souhaitant dans le même temps "plus d'Etat et plus de France, alors que cet accord est un processus de décolonisation".
L'USTKE (Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités), à la tête de plusieurs conflits en cours, a de son côté indiqué ne pas bien comprendre les raisons de la démission de M. Mathieu, mettant en avant le discours à géométrie variable de Christian Estrosi.
"Quand on l'a rencontré, M. Estrosi, nous a dit qu'il voulait plutôt lutter contre les blocages par l'intensification du dialogue social", a déclaré Gérard Jodar, président de l'USTKE.
Se refusant à commenter "la démission d'un haut-fonctionnaire", le Rassemblement-UMP n'a en revanche pas caché sa satisfaction quant à la "rupture" que M. Estrosi veut engager sur le territoire.
"On ne ressentait pas le changement politique depuis le 6 mai en Nouvelle-Calédonie. On souhaitait que l'Etat réaffirme certaines libertés, ce qui n'était plus tout à fait le cas depuis un certain temps", a déclaré Gaël Yanno, député UMP.
En proie à des divisions, l'Avenir ensemble, autre formation de droite qui a passé en juillet un accord de majorité avec le Rassemblement-UMP sous la pression du gouvernement, n'a lui pas officiellement réagi.
Certains élus, hostiles à la réconciliation à marche forcée avec le Rassemblement-UMP, faisaient cependant état lundi de leur "consternation" face à certains propos de M. Estrosi, qui risquent de "réveiller les tensions".

