Le rapport Attali, honni des taxis, chahuté avant les municipales

PARIS (AFP) — Moins d'un mois après sa publication, le rapport de la Commission Attali, déjà fustigé par nombre de députés UMP à l'approche des élections municipales, connaît un premier revers significatif avec les atermoiements du gouvernement face à la grogne des chauffeurs de taxi.

Lors de la remise du rapport le 23 janvier, Nicolas Sarkozy avait affirmé adhérer à l'essentiel des propositions de cette Commission et semblé soutenir celle concernant une libéralisation des taxis. "Paris est quand même la seule ville au monde où on a du mal à trouver un taxi", avait-il observé.

Depuis, face à la grogne de la profession qui a, à deux reprises, organisé des manifestations dans toute la France et à l'approche des élections municipales, le gouvernement semble hésiter.

Jeudi, Nicolas Sarkozy, tout en souhaitant réformer la profession, n'a pas explicitement défendu les propositions de l'ancien sherpa de François Mitterrand sur cette question.

Dès mercredi, le Premier ministre François Fillon, sans jamais évoquer le rapport Attali, avait appelé à la concertation "sans mettre en péril l'équilibre économique de l'activité des taxis".

Des propos qui équivalent à un enterrement de cette partie du rapport, pour la Fédération nationale des artisans taxis (FNAT). "Le conflit est terminé. Le gouvernement ne reprendra pas les propositions Attali sur les taxis", s'est félicité son président, Alain Estival, parlant de "rapport guignol".

Du côté de la Commission, on veut rester confiant.

"La mise en application du rapport n'est pas compromise, le président Sarkozy semble déterminé à agir", a affirmé à l'AFP une source proche de la Commission, soulignant que les mesures sur les taxis ne représentaient qu'une partie infime des propositions Attali

Elle minimise les virulentes critiques émises par certains députés UMP, dont leur chef de file Jean-François Copé qui a estimé jeudi que la Commission avait travaillé "à la va-vite" et sans concertation suffisante.

"Nous avons rencontré des centaines de personnes", a rappelé la source, estimant que pour M. Copé "seul un petit nombre de points proposés ne sont pas réalisables".

Toutefois, "il est dommage que ce rapport ait été rendu juste avant les élections municipales, en pleine bataille politique", a-t-elle déploré. "M. Attali avait proposé de le rendre au mois d'avril et je pense que cela aurait été beaucoup plus simple".

Jacques Delpla, l'un des membres de la Commission, a dénoncé de son côté "la peur face aux lobbies".

"Je ne suis pas si étonné (de l'attitude du gouvernement, ndrl); cela fait des années que dès que l'on touche à un sujet les gens hurlent. En France, on ne prend pas en compte l'intérêt général", a-t-il estimé.

"Si le gouvernement a des meilleures réformes que celles que l'on a proposé, pourquoi pas, mais si ça veut dire que c'est la fin des réformes en France c'est beaucoup plus problématique", a-t-il ajouté.

Soucieux que l'équilibre général du rapport soit respecté, M. Attali avait affirmé à plusieurs reprises que ses propositions n'auraient d'effet que si elles étaient toutes appliquées.

"La seule chose que l'on peut faire avec lui (le rapport, ndrl), c'est le mettre en oeuvre ou le mettre au placard", avait-il lancé le 23 janvier.

Des propos nuancés par certains membres de la Commission, au lendemain de la démonstration de force des taxis.

"Tout prendre en bloc, cela veut simplement dire qu'il faut mener plusieurs chantiers de front", selon M. Delpla.