OMC: Lamy à Paris tente de ranimer des négociations au point mort

PARIS (AFP) — L'OMC tente de donner souffle aux négociations sur la libéralisation du commerce mondial, actuellement au point mort, avec une accélération des discussions la semaine prochaine à Genève, même si des différends "considérables" persistent entre les 152 pays membres.

Le patron de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, a appelé jeudi les membres à envoyer leurs négociateurs à Genève dans les deux prochaines semaines pour accélérer les discussions sur le volet agricole et surtout industriel du cycle de Doha, débuté en 2001.

A l'issue d'une réunion informelle de l'OMC à Paris, M. Lamy a affirmé que "nous avons maintenant un pont à franchir, en particulier sur les subventions agricoles, les droits de douane agricoles et industriels".

Le ministre australien du Commerce, Simon Crean, a ajouté que "la discussion (de jeudi) était excellente" même s'il "reste des zones considérables de désaccords", lors d'une conférence de presse à l'ambassade d'Australie.

"Ce qui a émergé, c'est l'accord des autorités pour s'engager intensément dans les semaines prochaines" dans des négociations avec "en vue la tenue d'une réunion ministérielle à Genève d'ici la fin du mois", a-t-il ajouté, même si aucune date n'a été fixée.

Il a dit avoir perçu chez ses homologues "une volonté politique de conclure le cycle" de Doha, qui aurait dû s'achever en 2004.

La tentative de relance des négociations intervient après un sérieux revers: lundi, le médiateur de la négociation sur les produits industriels, Don Stephenson, a suspendu sa mission, face à l'enlisement des tractations.

La ministre française de l'Economie Christine Lagarde a d'ailleurs constaté que les négociations sur les produits industriels étaient "au point mort puisque le négociateur a cessé les travaux" et qu'"en matière agricole, l'addition n'y est pas".

Sur l'agriculture "il y a eu plus d'implication, plus de progrès" dans les négociations que sur le volet industriel, a noté M. Crean.

Pascal Lamy tient à une réunion ministérielle d'ici fin juin pour parvenir à boucler le cycle de Doha avant fin 2008 et le changement d'administration aux Etats-Unis. "C'est encore faisable", a-t-il promis.

Plusieurs pays et le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, ont sonné l'alarme: sans accord rapide, le cycle se solderait par un échec.

Si les négociations échouent, "nous le paierons cher pendant très longtemps" a averti M. Mandelson. "Nos options s'amenuisent" et le "calendrier américain joue contre nous", a-t-il ajouté.

La France et les Etats-Unis se sont montrés moins pressés de le conclure, Mme Lagarde faisant valoir le risque de tenir trop vite une réunion "ministérielle qui échouerait".

Gelées à l'été 2006, les négociations sur ce cycle ont repris début 2007 mais ont fait du quasi sur-place.

Les pays riches, sous pression pour réduire subventions et droits de douane sur les produits agricoles, demandent aux pays émergents d'ouvrir davantage leur marché aux importations de produits manufacturés.

Mais ces derniers cherchent à protéger leurs jeunes industries et veulent pouvoir protéger certains produits sensibles d'une baisse trop forte des droits de douane.

Le ministre brésilien des Relations extérieures, Celso Amorim, a jugé que les pays riches devaient être plus "réalistes" et reconnaître qu'ils demandent trop sans offrir assez.

Phil Goff, le ministre néo-zélandais, a, quant à lui, rappelé que "la crédibilité du multilatéralisme dépendait de l'issue du cycle" de Doha.