PEKIN (AFP) — La polémique sur la censure d'internet aux jeux Olympiques de Pékin met en lumière les limites de la tolérance des autorités chinoises en matière de liberté d'expression et l'ambiguïté de leurs engagements.
Pour obtenir ses premiers JO, la Chine, habituée à un contrôle rigoureux des médias nationaux dans le domaine politique, n'avait pas lésiné sur les engagements.
"Nous donnerons aux médias une liberté totale pour leurs reportages lorsqu'ils viendront en Chine", avait déclaré en 2001 le secrétaire général du comité de candidature pour les jeux Olympiques de Pékin, Wang Wei, rappelle l'Association de la presse étrangère à Pékin (FCCC) sur son site internet.
Dans un discours du 27 septembre 2006 lors du "World Press Briefing", le président du comité d'organisation des JO de Pékin (Bocog) Liu Qi déclarait: "La tradition de la nation chinoise est d'honorer ses engagements. La Chine est un pays en lequel on peut avoir confiance et le gouvernement chinois est responsable".
"Nous prenons au sérieux le respect de nos engagements réalisés lors du dépôt de candidature et nous fournirons des services de qualité et convenables aux médias étrangers qui couvriront les jeux de Pékin conformément à l'usage habituel des JO", avait-il ajouté.
Cependant, une fois obtenu satisfaction, le régime communiste a laissé planer une certaine ambiguïté.
"S'il y a des différences entre nos normes et les normes internationales et olympiques, ce seront ces dernières qui l'emporteront dans le service qui sera offert aux médias", avait déclaré en août 2006 Jiang Xiaoy, vice-président exécutif et directeur du département des médias et des communications du Bocog .
"Bien sûr, tous les médias devront obéir aux lois et règlements chinois", avait-il toutefois averti.
Les nouvelles règles concernant la presse étrangère, entrées en vigueur à partir du 1er janvier 2007, sont un bon exemple de cette ambiguïté.
Censées accorder plus de liberté de circulation et de reportage aux médias étrangers avant les JO, elles n'ont jamais cessé d'être remises en question par différentes autorités, au niveau local ou central.
Entre janvier 2007 et fin juillet 2008, le FCCC a recensé "270 cas d'ingérences" lors de reportages, que ce soit sous forme d'harcèlements ou d'interpellations.
Mercredi, deux journalistes de l'AFP ont été interdits d'entrée dans un village du Xinjiang (nord-ouest) où une mosquée avait été rasée par les autorités en mai.
Début juillet, des policiers en civil et en uniforme ont interrompu une émission en direct de la télévision allemande ZDF depuis la Grande muraille, près de Pékin, malgré les autorisations obtenues précédemment.
Raison invoquée: l'expert américain interviewé n'était pas "un expert chinois autorisé".
Lors d'un entretien exclusif avec l'AFP il y a deux semaines, le président du CIO Jacques Rogge s'était pourtant félicité de la liberté accordé à la presse étrangère.
"Pour la première fois, les médias étrangers pourront faire des reportages librement, les transmettre librement en Chine. Il n'y aura pas de censure sur internet", avait-il assuré.
Les journalistes chinois, eux, sont toujours étroitement contrôlés. Dans la couverture des JO, aucune nouvelle négative ne doit gâcher la fête.
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