Cinéma: "Mad detective", un polar givré et teinté de fantastique, signé Johnnie To
PARIS (AFP) — Le virtuose hongkongais Johnnie To livre un cocktail mêlant violence, fantastique et humour noir au suspense d'une intrigue policière dans "Mad detective", son dernier opus cosigné avec son complice Wai Ka-Fai, en compétition au dernier Festival de Venise et à l'affiche mercredi.
Avec un rythme de production de deux à trois films par an, le prolifique maître du film d'action a signé une cinquantaine de longs métrages stylisés en deux décennies, une oeuvre riche et esthétiquement ambitieuse, à laquelle la Cinémathèque française consacre une rétrospective.
Inaugurée par Johnnie To le jour de la sortie de "Mad detective", celle-ci se poursuivra jusqu'au 14 avril, mêlant ses propres films - "Election" 1 et 2, l'hommage à Sergio Leone "Exilé", "PTU"... - à ceux de cinéastes qu'il a produits (Wai Ka-Fai, Patrick Leung, Yau Tat-Chi, Patrick Yau, Yau Nai Hoi...) via sa société, Milkyway Image.
"Mad detective" se présente comme l'enquête de l'inspecteur Ho (Andy On), un jeune flic intègre et passionné par son métier, sur une série de meurtres commis de façon mystérieuse, avec une arme de police.
Pour dénouer cette affaire complexe, Ho se résoud à faire appel à son ancien supérieur, Bun, incarné par Lau Ching-Wan, un collaborateur régulier de To.
Enquêteur aux méthodes peu orthodoxes - il se fait enfermer dans une valise jetée du haut d'un escalier ou enterrer vivant pour "ressentir" un crime du point de vue de la victime - Bun a été mis à la retraite des années plus tôt.
Malgré de brillants états de service, il affichait en effet une santé mentale de plus en plus vacillante, résolvant ses affaires malgré - ou grâce à, insinue Johnnie To au fil de "Mad detective" - des hallucinations et des dédoublements de personnalité de plus en plus inquiétants.
Enfermé chez lui, Bun accepte de venir en aide à Ho en "entrant dans la personnalité" du tueur, mais l'enquête se mue bientôt en un voyage aux confins de la folie, mêlant inextricablement réalité et fantasme, passé et présent, rationalité et maladie mentale.
Dans "Mad detective", Johnnie To joue en virtuose de cette confusion, entraînant le spectateur sur de fausses pistes, brouillant la frontière entre le réel et le délire psychotique du héros, tout en ménageant le suspense.
Quasiment entièrement nocturnes, les scènes de poursuite stylisées ou de dialogues avec des revenants ou de "vrais" personnages, se succèdent en trompe l'oeil, et l'intrigue semble progresser dans une galerie de miroirs déformants.
Très violentes et imprégnées d'une atmosphère urbaine menaçante, où l'arête d'un immeuble, l'angle d'une rue affleurent soudain dans l'obscurité, les scènes d'action obéissent à une chorégraphie épurée et terriblement efficace.
La fusillade finale est une scène d'anthologie.
Johnnie To est un habitué des grands festivals de cinéma: début février son film "Sparrow" ("Man Jeunk"), élégante peinture de l'univers des pickpockets surnommés "moineaux" à Hong Kong, était en compétition au Festival de Berlin.
Déjà "Exilé" avait été dévoilé à la Mostra de Venise 2006, tandis qu'"Election" et "Election 2" étaient en lice pour la Palme d'or aux Festivals de Cannes 2005 et 2006.

