COLOMBO (AFP) — Le Sri Lanka, en guerre depuis 36 ans contre les séparatistes tamouls, a été accusé jeudi par l'organisation américaine Human Rights Watch d'être un "cauchemar" pour les droits de l'Homme tandis que des enquêteurs étrangers ont décidé de quitter avec fracas le pays.
Une nouvelle fois la cible de la communauté internationale, Colombo a immédiatement dénoncé la "coïncidence" de ces annonces simultanées avec une réunion cette semaine à Genève du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU.
Mais au même moment jeudi, un député tamoul favorable à la guérilla des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) a été tué avec son chauffeur par l'explosion d'une bombe au passage de leur voiture dans le nord de l'île, où s'affrontent quotidiennement les insurgés et l'armée.
Le parti de K. Sivanesan, l'Alliance nationale tamoule, et les Tigres, ont accusé les forces de sécurité gouvernementales pour cet attentat présumé, perpétré en territoire rebelle, dans un pays en plein regain de violences.
En effet, au moins 1.500 personnes, surtout des Tamouls, ont "disparu" en 2006 et en 2007, faisant de cet Etat d'Asie du Sud l'un des pires au monde pour les violations des droits de l'Homme, a lancé Human Rights Watch dans un rapport accablant intitulé 'Un cauchemar récurrent: responsabilité d'Etat dans des disparitions et enlèvements au Sri Lanka'.
L'organisation qui siège à New York n'a cependant pas expliqué comment elle avait rassemblé ces informations, d'autant que le nord du Sri Lanka est inaccessible aux journalistes, aux travailleurs humanitaires ou aux observateurs.
D'après HRW, les personnes "disparues" ont été le plus souvent torturées avant d'être exécutées sans procès, la plupart du temps par des militaires ou des policiers. Pour l'essentiel, les victimes sont des Tamouls, mais aussi des musulmans ainsi que des membres de la communauté majoritaire cinghalaise.
En conflit depuis 1972 et plus encore depuis 1983, les Tigres tamouls, hindouistes, se battent pour l'indépendance du nord et du nord-est du Sri Lanka, un pays peuplé à 75% de Cinghalais bouddhistes. Entre 60.000 et 70.000 personnes ont été tuées en trois décennies et des milliers sont mortes depuis plus de deux ans.
Les deux camps se livrent une guerre à outrance depuis la fin officielle en janvier d'un cessez-le-feu conclu en février 2002, mais qui avait de facto volé en éclats fin 2005 avec l'élection du président nationaliste Mahinda Rajapakse, lequel a promis d'écraser la rébellion d'ici à cet été.
Face à l'impasse dans laquelle se trouve cette île de 20 millions d'habitants, une commission d'observateurs étrangers, invitée depuis 2007 par M. Rajapakse à collaborer à des enquêtes sur des violations présumées des droits de l'Homme "a décidé d'achever ses activités", selon un communiqué.
Ce Groupe international indépendant d'éminentes personnalités (IIGEP), composé d'experts des Etats-Unis, de l'Union européenne, du Japon de Grande-Bretagne ou de France, a accusé Colombo de ne même pas respecter les "critères de base" en termes d'enquête sur les crimes les plus graves.
Cette commission devait se pencher sur une quinzaine de meurtres attribués à l'armée ou aux Tigres tamouls, en particulier les assassinats de 17 employés locaux de l'ONG française Action contre la Faim (ACF) en août 2006.
Présent aux Nations unies à Genève, le ministre sri-lankais des droits de l'Homme, Mahinda Samarasinghe, s'est dit pourtant "fier" du bilan de son gouvernement dans sa lutte contre les "terroristes" tamouls, jugeant que cela pourrait servir d'exemple pour d'autres Etats.
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