Julien Dray devant la justice pour avoir stigmatisé "l'effet Dieudonné"

PARIS (AFP) — Deux ans après la mort d'Ilan Halimi, jeune juif torturé à mort dans une cité des Hauts-de-Seine, le porte-parole du PS, Julien Dray, a réaffirmé mardi devant le TGI de Paris que l'humoriste Dieudonné, qui le poursuit en diffamation, avait contribué à créer un climat d'antisémitisme, propice à ce meurtre.

Le parquet a requis la relaxe du député de l'Essonne. Le jugement a été mis en délibéré au 17 juin.

Les propos incriminés remontent à février 2006. Lors de l'émission "Parlons-en", diffusée sur La Chaîne parlementaire et consacrée à la montée de l'antisémitisme en France, M. Dray avait notamment affirmé: "On a les effets différés aujourd'hui de tout ce qu'a fait Dieudonné tout au long de ces mois et de ces années (...) Il y a un effet Dieudonné".

En mai 2006, l'humoriste, de son vrai nom Dieudonné M'Bala M'Bala, avait porté plainte pour diffamation. Il réclame 10.000 euros de dommages et intérêts.

"J'assume, Monsieur le président, ce que j'ai dit. J'aurais pu faire des excuses alambiquées, je ne l'ai pas fait", a déclaré mardi le député socialiste, qui a refusé de "se dérober".

Dieudonné a regretté "l'amalgame odieux" et "douteux" auquel s'est livré selon lui le porte-parole du Parti socialiste.

"La seule chose qui me lie à M. Fofana (le chef présumé du "gang des Barbares", soupçonné d'avoir assassiné Ilan Halimi, ndlr), c'est notre couleur de peau", a-t-il lancé, regrettant le "discours négrophobe" du prévenu.

"Ce qui vous lie à M. Fofana, ce n'est pas votre couleur de peau, c'est les a priori que vous avez partagés", a répondu M. Dray, cofondateur de l'organisation SOS Racisme.

"Jamais M. M'Bala n'a incité à la violence ou au meurtre", a affirmé l'avocate de Dieudonné, Me Lise Bornes, mettant le prévenu au défi de présenter "un semblant de preuve sur un lien entre le Gang des barbares et Dieudonné".

"Il n'y a pas de responsabilité directe, évidemment et heureusement", entre ce meurtre et Dieudonné, a répondu M. Dray, stigmatisant l'influence du fantaisiste "sur des milliers de jeunes", pour qui il est "une référence": "ils donnent foi à vos propos et peuvent réagir au premier degré".

Dieudonné "a participé à la renaissance d'un certain nombre de clichés", a renchéri l'avocat du dirigeant socialiste, Me Léon-Lef Forster.

"Qui nous dit que (les membres du Gang des barbares) s'amusaient de l'humour de M. M'Bala?", a argué Me Bornes, assurant que son client "n'avait aucunement planté ce décor macabre".

"On est là pour parler de responsabilité au sens intellectuel" et non de "responsabilité pénale", a relevé la procureure de la République, Sandrine Alimi-Uzan, pour qui deux hommes publics qui combattent dans "l'arène politique" doivent s'attendre à recevoir des critiques, sans que cela ne dépasse la liberté d'expression.