Le feuilleton judiciaire de "l'affaire Boteti" passionne Kinshasa

KINSHASA (AFP) — Le procès des tueurs présumés de Daniel Boteti, élu de l'opposition abattu le 6 juillet dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) passionne les Kinois car il met en cause le gouverneur de la ville, fait réagir les politiques et tient la une des journaux.

Ce feuilleton judiciaire se déroule dans le camp militaire Kokolo depuis le 7 juillet. Là, en plein air mais sous l'abri de bâches, le Tribunal militaire entend les six présumés assassins, notamment le soldat Patrick Mwewa, dit "Manioc amer", vêtu de l'uniforme bleu et jaune des détenus de la prison centrale de Kinshasa.

Grièvement blessé au cours des échanges de tirs la nuit du meurtre, M. Mwewa, après avoir hésité quelques jours, a accusé le 18 juillet le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta.

"La personne qui a commandité l'assassinat (...) est le gouverneur de la ville", a-t-il affirmé.

Le gouverneur, qui appartient au camp politique du président Joseph Kabila, a été appelé par le tribunal à comparaître lundi 28 juillet.

Vice-président de l'assemblée provinciale de Kinshasa, Daniel Boteti a été tué par des hommes armés dans le quartier Macampagne, un secteur contrôlé par la Garde républicaine (GR, garde présidentielle), à son retour d'un mariage.

Quatre soldats de la GR, un soldat déserteur et un civil ont été arrêtés après le meurtre.

Lui-même membre de la GR, Patrick Mwewa a assuré qu'une somme de 1.200 dollars (760 euros) lui avait été versée comme "prime" par trois personnes se présentant comme des proches du gouverneur Kimbuta.

L'accusation a provoqué de longs murmures parmi le millier de personnes qui, jour après jour, souvent assis à même le sol, faute de chaises ou d'argent pour en louer une aux soldats, assistent au procès public.

Epouse d'un militaire à la retraite, Anne-Marie vient vendre au camp des patates douces, très prisées, et "suivre ces jeunes gens qui donnent gratuitement la mort".

"Nous attendons du tribunal la vérité sur l'assassinat de ce jeune député qui nous a promis un vrai changement dans la gestion des affaires de l'Etat et une vie meilleure pour nos enfants et nos maris abandonnés par l'Etat", poursuit-elle.

Cette dame de 52 ans a vu grandir Daniel Boteti dans le quartier. "Ma peine est encore plus grande quand j'entends comment il a été tué".

Dans la presse écrite et télévisée se succèdent les déclarations pour ou contre le gouverneur, en place depuis 2007.

André Kimbuta, alias "Haut sommet", a porté plainte contre son accusateur et s'est dit prêt à comparaître.

L'affaire a provoqué une réunion d'urgence du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) au terme de laquelle le parti de Joseph Kabila a "réaffirmé sa pleine confiance en la justice du pays".

Le Mouvement de libération du Congo (MLC), parti le plus important de l'opposition auquel appartenait Daniel Boteti, s'est porté partie civile.

L'accusation de "Manioc amer" contre le gouverneur n'est pour l'instant pas étayée. Au cours de la reconstitution du crime, il semble même que M. Mwewa a contredit ses dires antérieurs devant la Cour, notamment sur sa position sur la route, la nuit de l'embuscade.

Patrick Mwewa s'exprime parfois de manière incohérente au cours du procès comme lorsqu'il déclare qu'il est père d'un enfant de 9 mois et d'un autre de 4 mois, nés de la même mère.

La carte "sim" de son téléphone devrait être expertisée et pourrait révéler d'ultimes précisions.

Pour l'heure, le MLC a obtenu des autorités que la police patrouille dans le quartier Macampagne, réputé dangereux en raison de la proximité d'un poste de la GR.