MARSEILLE (AFP) — A Marseille qui se veut championne de la diversité, les listes se sont métissées pour les municipales mais toujours pas suffisamment au goût de beaucoup.
Sur 101 membres du prochain conseil municipal, une dizaine devrait venir des minorités de couleur ou d'origines immigrées: "ça double la mise par rapport à 2001, le paysage s'est un peu coloré", se réjouit Tahar Rahmani, ex-PS aujourd'hui sur les listes du maire UMP sortant Jean-Claude Gaudin.
"Marseille a fait un réel effort, même s'il n'est pas suffisant: il faudrait arriver au double pour une juste représentation" de la population d'origine immigrée, estimée à plus du quart des 826.700 habitants, ajoute-t-il. M. Rahmani avait symbolisé les difficultés à faire de la politique pour un candidat d'origine maghrébine de la deuxième génération en manquant être évincé des listes PS en 2001. "J'ai fait la voiture-balai pour que le paysage soit plus net", dit-il aujourd'hui en riant.
Cette année les listes du PS Jean-Noël Guérini prévoient six "élus de la diversité". En cas de victoire, M. Guérini a promis le poste de première adjointe à Samia Ghali, tête de liste du 8e secteur. Les listes de M. Guérini ont été remaniées in extremis pour remonter en position éligible deux représentants de la communauté comorienne (70.000 personnes), très courtisée cette année. Le 16 février, le comité national de la diversité lancé par le Cran (Conseil représentatif des associations noires), avec notamment Prairial 21 (collectif de militants issus de l'immigration au sein du PS), avait manifesté sur le Vieux-Port contre "les promesses non tenues".
Les listes Gaudin, elles, pourraient avoir trois ou quatre élus "de la diversité". Aucun n'est tête de liste, même si plusieurs sont en bonne place comme Myriam Salah-Eddine.
Le MoDem a deux têtes de liste issues des minorités et de nombreux candidats éligibles. "C'est plus simple, nous avons fort peu de sortants", relève le chef de file Jean-Luc Bennahmias. Reste que beaucoup dénoncent les faux-semblants de cette diversité. "On se demande pourquoi il faut autant d'énergie pour que les responsables politiques tiennent parole", déclare le président du Cran Patrick Lozès après la manifestation du Vieux-Port.
"On nous envoie toujours dans des combats difficiles", note Françoise Jupiter, présidente régionale du Cran, candidate sur les listes Gaudin. "La diversité est une réalité sociale, on ne demande pas de la faire: elle existe, on demande de la reconnaître", souligne Akli Mellouli, membre du conseil national du PS et de Prairial 21.
Elu local depuis 2001, Mohamed Laqhila avertit du risque de nourrir le communautarisme: "si je suis tête de liste du MoDem (7e secteur), ce n'est pas par rapport à un quota qui aurait été réservé à la diversité: les gens qui s'investissent en politique le font en tant que citoyens".
"La question est de savoir si on associe les minorités simplement pour le symbole ou parce qu'elles sont un apport positif au conseil municipal", insiste Tahar Rahmani.
"Le vrai problème, c'est le non renouvellement des élites", commente Hakim El Karaoui, président du club XXIe siècle fondé avec Rachida Dati, ministre de la Justice. "Les premières victimes ont longtemps été les femmes. Aujourd'hui ce sont les jeunes et les Français d'origine immigrée".
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