VARSOVIE (AFP) — La Pologne a refusé le déploiement d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour ses élections législatives anticipées qui auront lieu dans un mois, le 21 octobre.
Le porte-parole du ministère des affaires étrangères Robert Szaniawski a confirmé vendredi soir des informations de l'AFP, obtenues auprès de diplomates à Vienne où se trouve le siège de l'organisation internationale.
"La Pologne est un pays démocratique. Nous ne voyons pas la nécessité qu'on envoie des observateurs dans notre pays", a déclaré à l'AFP Robert Szaniawski.
Il a expliqué que l'OSCE a pris elle-même l'initiative de proposer l'envoi d'observateurs pour les élections, alors qu'en général, a-t-il dit, ce sont les pays membres qui formulent les invitations.
"Nous avons été surpris, nous ne voyons pas la nécessité de nous traiter de manière différente que durant les élections précédentes", a précisé le porte-parole.
Il a ajouté que l'OSCE a proposé de déployer un nombre "hors normes" d'observateurs. Le porte-parole s'est refusé à donner d'autres détails.
La Pologne a notifié cette décision dans une lettre remise à l'organe de l'OSCE responsable de la surveillance des élections, le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'Homme (BIDDH/ODIHR), basé à Varsovie, ont indiqué des diplomates à Vienne.
L'un d'eux a jugé "paradoxal que ce soit la Pologne qui n'autorise pas la surveillance d'une élection libre par l'OHDIR" alors que cette institution est basée à Varsovie.
La Pologne est actuellement gouvernée par les frères jumeaux conservateurs Kaczynski, le Premier ministre Jaroslaw Kaczynski et le président de la République Lech Kaczynski. Ils ont été accusés par l'opposition de violer l'Etat de droit en procédant à des écoutes sur des journalistes et des hommes politiques, et même leurs propres ministres.
Début septembre, l'ancien président tchèque Vaclav Havel, une légende de l'opposition au communisme dans les années 70 et 80, avait suscité un tollé en Pologne lorsqu'il avait proposé de déployer des observateurs étrangers pour les élections.
Même ses anciens compagnons de lutte l'avaient critiqué.
"Mon ami Havel a manqué son tir, cette fois", a déclaré le chef historique du syndicat Solidarité et ancien président Lech Walesa.
"Les observateurs sont nécessaires là où les droits sont violés, où le choix n'est pas libre, où la police intervient, où les urnes sont trafiquées", a-t-il déclaré. Walesa est pourtant lui-même extrêmement critique envers les frères Kaczynski, qu'il a accusés récemment de recourir à des méthodes dignes de Staline pour tenter de faire taire leurs opposants.
L'opposition libérale avait tenu le même discours. Seule les sociaux-démocrates avaient applaudi la proposition de Vaclav Havel.
Les députés polonais ont décidé le 7 septembre de dissoudre le parlement afin d'organiser des élections anticipées deux ans avant l'échéance normale de 2009.
Les frères Kaczynski ne disposaient plus de majorité depuis l'éclatement à la mi-août de leur coalition avec l'extrême droite ultra-catholique et un mouvement populiste. Les Kaczynski se sont lancés dans la bataille car ils pensent qu'ils peuvent remporter le scrutin. Dans les sondages, ils se disputent la tête des intentions de vote avec les libéraux de Plateforme civique (PO).
La position polonaise risque cependant d'accroître son isolement en Europe, alors qu'elle est déjà le mouton noir de l'Union européenne, en raison de ses blocages à répétition. Elle vient par exemple d'empêcher la création d'une journée européenne contre la peine de mort.
A Vienne, les diplomates craignent que le refus polonais ne fournisse un prétexte à la Russie pour la venue d'observateurs à ses élections parlementaires en fin d'année.
La Russie organise des élections parlementaires le 2 décembre. Selon des sondages, les partis proches du Kremlin devraient remporter une victoire fulgurante.
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