"Disparus de l'Isère" : la justice grenobloise lance un appel à témoins

GRENOBLE (AFP) — Le parquet général de Grenoble a lancé lundi un appel à témoins pour tenter de relancer neuf dossiers de disparitions ou meurtres d'enfants en Isère entre 1983 et 1996, pour lesquels une cellule d'enquête spéciale inédite en France a récemment été mise en place.

"Je demande à toute personne qui pourrait fournir des éléments sur ces affaires de bien vouloir prendre contact avec le numéro vert que nous avons mis en place: le 0800 002 032" ou utiliser l'adresse mail: "mineurs38@orange.fr", a déclaré à la presse la procureure générale de Grenoble, Martine Valdes-Boulouque.

Ces affaires irrésolues, dites des "disparus de l'Isère", concernent les meurtres ou disparitions de cinq filles et de quatre garçons, âgés entre 5 et 16 ans, dont la majorité des corps a été retrouvée. Un dixième cas, le meurtre de Rachid Bouzian, 8 ans, pour lequel un homme a été condamné, va également être réexaminé par les enquêteurs.

Au printemps dernier, le parquet général de Grenoble avait autorisé le regroupement en France de ces procédures éparpillées et confié les investigations à une cellule d'enquête de la gendarmerie baptisée "Mineurs 38".

Cette cellule est composée de sept enquêteurs d'Isère et de la Drôme et de cinq analystes criminels de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de Rosny-sous-Bois.

"Nous avons réactivé les investigations dans ces affaires dites des +disparus de l'Isère+" en espérant utiliser "les progrès accomplis en 20 ans par la criminologie pour trouver de nouveaux éléments", a expliqué Mme Valdes-Boulouque.

Sur ces neuf procédures, quatre sont en cours d'instruction à Grenoble et confiées à des juges disposés à participer aux nouvelles investigations.

Pour les cinq autres affaires classées, dont certaines touchées par la prescription, les enquêteurs agissent dans le cadre d'enquêtes préliminaires réouvertes par le parquet général en mai dernier.

Ces dossiers présentent des "similitudes de lieu, de date". "Ce n'est pas anodin que des enfants aient fait l'objet de violences dans une même région", a souligné Mme Valdes-Boulouque, précisant que la justice ne disposait actuellement d'aucun élément l'orientant vers un éventuel tueur en série.

Cinq familles se sont constituées partie civile, représentées par Me Didier Seban (Paris).

Le patron de la section de recherches de Grenoble, le lieutenant-colonel Dominique Ragot, a évoqué un "travail de longue haleine hypercomplexe".

La cellule "mineurs 38" est en train de regrouper les dossiers et faire l'inventaire des pièces à conviction. Mais à l'époque, les enquêteurs saisissaient peu de scellés, commençaient tout juste à prélever l'ADN et n'inscrivaient pas les fausses pistes à la procédure.

"Je n'attends pas de miracle du côté des pièces à conviction, j'en attends beaucoup plus des nouvelles méthodes mises en oeuvre en matière d'enquête", a expliqué M. Ragot.

Les gendarmes devront ensuite "décortiquer les procédures, établir des relations entre les différents acteurs" avant de "détecter" d'éventuels "éléments communs" permettant des rapprochements.

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