Les socialistes englués dans une inquiétante guerre des chefs

LA ROCHELLE (AFP) — A dix semaines d'un congrès qui va désigner leur nouveau dirigeant, les socialistes français s'enlisent dans une guerre des chefs qui alimente l'inquiétude des militants et laisse le champ libre au président de droite Nicolas Sarkozy.

En panne de stratégie face au chef de l'Etat dont la cote de popularité enregistre une petite embellie, le Parti socialiste (PS) doit désigner le remplaçant de son chef François Hollande au cours d'un congrès qui s'annonce houleux en novembre à Reims, avec en ligne de mire l'élection présidentielle de 2012.

A moins de trois mois de ce rendez-vous crucial, M. Hollande a lui-même pris la mesure de la guerre de "leadership", estimant que la principale menace qui guettait le parti était celle de "l'ingouvernabilité".

"On ne peut pas être dans la dispersion, dans la fragmentation, dans l'émiettement", c'est "l'ingouvernabilité qui peut être la menace principale", a affirmé dimanche le premier secrétaire dans son discours de clôture de l'université d'été du PS à la Rochelle.

Le constat de l'ex-Premier ministre Laurent Fabius est aussi accablant: "le Parti socialiste est divisé, souvent aphone", le "climat n'est pas bon", "les militants sont désespérés, déboussolés, souvent en colère", a-t-il résumé au cours d'une conférence de presse samedi.

Sur le port de la Rochelle où se pressaient 4.000 militants réunis pour cette rentrée politique, certains déclarent en "avoir marre" de la guerre des chefs et réclament que le PS, principale formation d'opposition, "se mette au travail" car "il y a urgence à en découdre avec Sarkozy".

"On en a marre de ces conflits internes. On aimerait bien un programme complet du PS pour pouvoir répondre à Sarkozy", se plaint Marie-Françoise, une retraitée.

La fondation Terra Nova, qui se présente comme un laboratoire d'idées pour la gauche française, observait dimanche par la voix de son président Olivier Ferrand que "la menace d'autodestruction se rapprochait dangereusement" du parti qui a perdu les trois dernières élections présidentielles.

"Il n'y a pas de leader, pas de projet crédible d'alternance et pas d'équipes renouvelées à sa tête", constate M. Ferrand dans le quotidien Le Parisien estimant aussi que "le PS doit absolument faire émerger une autorité incontesteé" sans laquelle il "risque de décliner définitivement".

Pour l'heure aucun dirigeant naturel et consensuel ne se détache pour conduire un parti destabilisé et hésitant sur sa stratégie, entre rapprochement avec les centristes ou une ligne plus à gauche.

L'ex-candidate à la présidentielle Ségolène Royal, populaire auprès des sympathisants de gauche mais sans autorité sur les "éléphants", a été la première à annoncer sa candidature au poste de Premier secrétaire.

Mme Royal, qui rêve de revanche en 2012, prépare elle une grande réunion de ses sympathisants fin septembre à Paris.

Face à elle, se dressera le maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui a officialisé sa candidature la semaine dernière. Aux yeux des Français, il apparaît comme le meilleur prétendant pour succéder à François Hollande, selon un récent sondage.

D'autres responsables sont sur les rangs, comme l'ancien ministre Martine Aubry, dont le nom est lié à la mise en place des 35 heures de travail hebdomadaire, une réforme phare de la gauche vilipendée par la droite ou Pierre Moscovici, proche du patron du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn.

En clôturant l'université d'été, M. Hollande a lancé aux militants un "merci" et "à demain". Une manière de prendre date avec eux en 2012.