Les Etats-Unis dissocient le sort d'Olmert de l'effort de paix

WASHINGTON (AFP) — Le gouvernement américain a dit mardi continuer à croire à un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens, mais a tâché de dissocier de cette entreprise déjà fragile le sort de plus en plus précaire du Premier ministre Ehud Olmert.

"Nous continuons à penser que nous avons une chance de parvenir à un accord sur les contours de base d'un Etat palestinien pacifique", a dit la secrétaire d'Etat Condolezza Rice, le jour où M. Olmert commençait une visite à Washington.

"Si nous pouvons parvenir à cet objectif d'ici à la fin de l'année, ce sera une percée historique pour ceux qui croient en la paix", a dit Mme Rice dans un discours devant un important groupe juif américain, l'American Israel Public Affairs Committee (AIPAC).

M. Olmert, qu'elle devait rencontrer dans l'après-midi, est arrivé aux Etats-Unis pour ce que certains présentent comme sa visite d'adieux. Les soupçons de corruption font peser l'incertitude sur son avenir. Ils renforcent aussi le scepticisme quant aux chances qu'Israéliens et Palestiniens s'entendent avant fin 2008 sous les auspices américains.

Quand il le recevra mercredi, le président George W. Bush continuera à oeuvrer à un tel accord avant fin 2008, sans se soucier de savoir si M. Olmert sera toujours en poste alors, a dit la Maison Blanche.

"Le président Bush doit maintenir son attention sur l'idée d'ensemble" et "il ne passe pas beaucoup de temps à s'inquiéter" des ennuis de M. Olmert, a dit Dana Perino.

Le choeur des appels à la démission de M. Olmert est allé grossissant avec le récent témoignage, devant la justice israélienne, d'un homme d'affaires américain qui a affirmé lui avoir versé près de 150.000 dollars en liquide quand il n'était encore que ministre ou maire de Jérusalem. Cet argent aurait servi à financer les campagnes de M. Olmert, mais l'homme d'affaires, Morris Talansky, a laissé entendre qu'il pourrait aussi avoir servi à satisfaire le goût du luxe de M. Olmert.

Même ses alliés réclament sa démission.

Ces soupçons semblent rendre encore plus aléatoire l'accord de paix que M. Olmert et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas se sont engagés en novembre, sous l'égide de M. Bush, à essayer de trouver avant fin 2008.

Depuis, aucune avancée majeure n'a été annoncée.

L'entreprise est encore compliquée par la poursuite des activités de colonisation israéliennes. Juste avant le voyage de M. Olmert et malgré les critiques américaines, Israël a annoncé de nouveaux projets de construction à Jérusalem-est.

L'administration Bush, qui invoquait naguère la personnalité de M. Olmert et celle de M. Abbas pour affirmer les chances d'un accord de paix, signifie désormais que le processus n'est pas une affaire d'individus mais que la paix "est plus importante qu'une simple question de personnes", comme l'a répété mardi la porte-parole de la Maison Blanche.

La Maison Blanche a attendu lundi pour confirmer la rencontre entre MM. Bush et Olmert, qui n'était pas inscrite à l'agenda hebdomadaire présidentiel.

La rencontre aura lieu mercredi vers 13H45 locales (17H45 GMT), a dit Mme Perino, mais elle a laissé entendre que, devant la presse, les deux hommes devraient se contenter de déclarations sans répondre aux questions.

Au cours des entretiens, M. Olmert devrait à nouveau insister sur la menace que représentent selon lui les activités nucléaires iraniennes pour Israël.

Mardi soir, dans un discours devant l'AIPAC, il a déclaré que "la menace iranienne doit être jugulée par tous les moyens possibles" et appelé à renforcer les sanctions économiques et politiques internationales envers l'Iran.

Il devrait discuter de la possible livraison à Israël de systèmes de radars antimissiles américains et de la possibilité pour son pays d'acheter des avions de combat furtifs et rendre compte à M. Bush de la reprise des pourparlers de paix avec la Syrie.