Anthrax: portrait fragmenté et motivations floues pour le principal suspect

WASHINGTON (AFP) — Le portrait et les motivations de Bruce Ivins, dont la justice a indiqué mercredi qu'il était le seul responsable dans l'affaire de l'anthrax, demeurent flous alors qu'après son suicide, la presse le décrit comme un sociopathe fragilisé par la longue investigation du FBI.

La justice américaine a rendu public mercredi l'essentiel de l'enquête policière et le FBI a présenté aux familles des victimes les résultats de son enquête de sept ans qui devait conclure à l'inculpation de Bruce Ivins, 62 ans, avant qu'il ne se suicide.

L'enquête considère ce scientifique du laboratoire militaire de Fort Detrick (Maryland, est) comme seul responsable des courriers empoisonnés à l'anthrax qui avaient tué 5 personnes et infecté 17 autres en 2001 juste après les attentats du 11-Septembre.

"En nous fondant sur la totalité des preuves que nous avons réunies contre lui, nous sommes sûrs que le Dr (Bruce) Ivins était la seule personne responsable de ces attaques", a déclaré le procureur fédéral du District de Columbia, Jeffrey Taylor au cours d'une conférence de presse alors que des dizaines de documents de perquisitions, témoignages et convocations réalisés au cours de l'enquête baptisée Amerithrax étaient rendus publics.

Déprimé, mentalement perturbé, selon sa psychologue, et se disant persécuté par l'enquête du FBI, Bruce Ivins a mis fin à ses jours le 29 juillet d'une overdose de médicaments.

Le FBI a déterminé que l'anthrax utilisé dans les funestes enveloppes correspondait, selon des analyses d'ADN, à celui utilisé dans le laboratoire de Fort Detrick où Bruce Ivins travaillait depuis 18 ans. Il faisait notamment des recherches sur un vaccin contre l'anthrax, également appelée maladie du charbon ou Bacillus anthracis.

Cette maladie infectieuse rapidement mortelle, provoquée par un bacille qui se transmet par inhalation, alimentation ou contact, se manifeste par des infections cutanées et une détresse respiratoire.

L'enquête a montré notamment que Bruce Ivins avait eu accès à un lyophilisateur capable de transformer les bactéries humides en poudre sèche.

Sa psychothérapeute Jean Duley, qui le traitait depuis six mois en tant que conseillère pour désintoxication, a affirmé dans la presse qu'il était "un meurtrier sociopathe", assoiffé de "revanche" et dont le comportement s'était détérioré au cours des récentes semaines alors qu'il allait être inculpé.

Le Washington Post notait mercredi que cette thérapeute avait été récemment arrêtée pour conduite en état d'ivresse.

Le procureur a souligné que Bruce Ivins avait "des problèmes mentaux récurrents dans le passé et traversait une période difficile à l'été et à l'automne 2001 parce que le vaccin contre l'anthrax sur lequel il travaillait était en train d'échouer".

D'un autre côté, des amis et des collègues incrédules affirmaient que le Bruce Ivins qu'ils avaient connu ne ressemblait pas à un meurtrier.

"Bruce avait une personnalité chaleureuse et avait le plus grand souci de sa famille et ses amis", a affirmé dans le FrederickNewsPost un de ses amis, qui l'a rencontré lorsque les deux couples ont adopté un enfant à la même époque. Son avocat, Me Paul Kemp, affirme qu'il est innocent.

Au cours de l'enquête du FBI, Bruce Ivins s'était plaint à des collègues des méthodes et de la pression des investigateurs de la police fédérale. "Cela est catégoriquement faux", a assuré le procureur mercredi.

Des collègues ont vu Bruce Ivins "s'asseoir à son bureau et pleurer", selon la radio publique NPR. Dans sa recherche de preuves, le FBI aurait également exercé une forte pression sur les enfants, présentant leur père comme un meurtrier.