Dopage: abandon des poursuites contre Jan Ullrich en échange d'une amende

BONN (AFP) — La justice allemande a abandonné lundi les poursuites pour escroquerie contre Jan Ullrich, en échange du versement d'une amende, mais la star déchue du cyclisme ne s'est pas pour autant débarrassée des soupçons de dopage.

En vertu d'une spécificité du droit allemand, le vainqueur du Tour de France 1997 a accepté de payer un dédommagement, dont le montant n'est pas précisé mais qui comprend "six chiffres", en échange de l'abandon par le Parquet de Bonn (ouest) des poursuites contre lui.

Concrètement, Ullrich n'est donc pas coupable d'escroquerie et fraude au détriment de son ancien employeur, le groupe Deutsche Telekom et sa filiale T-Mobile. Ce règlement à l'amiable ne signifie pas pour autant qu'Ullrich a été innocenté des charges qui pesaient contre lui.

La procédure le visant avait débuté avec le dépôt d'une plainte en juillet 2006 par une professeur d'université, ancienne sportive de haut-niveau, scandalisée par les affaires de dopage dans le cyclisme professionnel.

Elle ne concernait que des accusations d'escroquerie, le délit de dopage n'existant pas en droit allemand.

"J'ai longtemps hésité avant d'accepter l'offre du parquet, car je n'avais rien à craindre d'une procédure en justice, mais la raison de ma décision est qu'elle permet de libérer ma famille de la pression liée à cette procédure", s'est justifié Ullrich sur son site internet.

L'ex-star du sport allemand, licenciée par son équipe T-Mobile après son implication dans l'affaire Puerto, a une nouvelle fois martelé son innocence avec des mots soigneusement choisis, sans utiliser une seule fois le mot "dopage".

"Je n'ai jamais trompé personne durant toute ma carrière, ni porté préjudice à quiconque. J'ai toujours été un sportif loyal, mes victoires sont le résultat d'un travail acharné et de ma passion pour mon sport", a souligné Ullrich, qui a mis un terme à sa carrière professionnelle en février 2007.

La décision du parquet de Bonn est l'épilogue d'une enquête de 21 mois durant laquelle la justice a établi qu'Ullrich avait entreposé des poches de sang dans le cabinet d'Eufemiano Fuentes et qu'il avait versé de l'argent sur un compte en banque du médecin espagnol, au coeur du scandale de dopage sanguin dit "affaire Puerto".

L'apparente clémence de la justice allemande s'explique en partie par le fait qu'Ullrich a déjà beaucoup perdu: "Il a du mettre un terme à sa carrière, abandonner des salaires et payer des frais de procédure", indique le communiqué du Parquet, qui rappelle également que "son extraordinaire réputation de sportif a été entachée".

Il a également profité de l'attitude de ses anciens employeurs qui "ont renoncé à porter plainte contre lui", ce qui souligne que Deutsche Telekom et T-Mobile n'avaient guère intérêt à ce que la justice s'intéresse au fonctionnement de l'équipe cycliste, démantelée fin 2007 après une nouvelle affaire de dopage.

"L'énergie criminelle déployée par Ullrich est (...) par comparaison à ce qui se passait dans le milieu du cyclisme à cette période-là plutôt réduite", souligne le parquet.

L'ancien coureur, âgé de 34 ans, n'en a toutefois pas fini avec la justice.

Deux autres affaires sont en cours d'instruction; l'une à l'instigation du très coriace expert allemand de la lutte antidopage, Werner Franke.

Ullrich fait également l'objet d'une procédure disciplinaire de Swiss Cycling, la fédération helvétique de cyclisme à laquelle il fut affilié jusqu'en 2006.

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