Ballack contre Löw: la Nationalmannschaft a mal à l'âme

BERLIN (AFP) — Le torchon brûle dans l'équipe d'Allemagne entre l'entraîneur Joachim Löw et son capitaine Michael Ballack, au point que le milieu de Chelsea est menacé d'exclusion: un conflit révélateur de plus amples tensions au sein d'une équipe où l'autorité de Löw apparaît contestée.

Où est passée la belle image d'une équipe d'Allemagne solidaire, ovationnée à la Porte de Brandebourg le 30 juin dernier, quelques jours après sa finale perdue de l'Euro-2008 face à l'Espagne (0-1)?

La Nationalmannschaft, si chère à plus de 80 millions d'Allemands, a du vague à l'âme. Et si ses performances sur le terrain ne s'en sont pas ressenties jusqu'ici, avec ses victoires sur la Russie (2-1) et le pays de Galles (1-0) lors des qualifications pour le Mondial-2010, une guerre a éclaté dans les vestiaires.

C'est le "coup de gueule" lancé par Ballack dans la presse qui a révélé cette crise au grand jour. Le joueur de 32 ans aux 89 sélections a vivement critiqué Joachim Löw, patron de la sélection depuis plus de deux ans, qu'il accuse de manquer de "respect et de loyauté" envers les joueurs.

La réplique, cinglante, n'a évidemment pas tardé. Löw a convoqué le joueur en Allemagne pour un entretien et n'a pas fait mystère du fait qu'il pourrait ensuite décider de lui retirer son brassard de capitaine, ou pire de l'exclure de l'équipe, ce qui provoquerait un séisme dans le milieu du ballon rond.

Selon la Fédération allemande de football (DFB), Ballack s'est dit prêt à répondre à la convocation de Löw. Mais son entraîneur à Chelsea, Luiz Felipe Scolari, a fait savoir qu'il n'autoriserait pas ce voyage en Allemagne pour raisons de santé - le milieu allemand est actuellement en convalescence après s'être fait enlever des kystes aux pieds.

Ballack, que l'on dit de plus en plus isolé au sein de l'équipe, s'en était déjà pris au manageur Oliver Bierhoff, le soir de la finale malheureuse de l'Euro-2008. Les deux hommes avaient eu un violent échange sur la pelouse du stade de Vienne.

En fait, il semble que ce conflit soit aussi révélateur d'un malaise de plus en plus profond au sein de la sélection.

Il y a deux semaines, Kevin Kuranyi était frappé d'exclusion. L'attaquant de Schalke 04, réputé pour son tempérament de feu et qui n'en est pas à ses premiers déboires avec l'Allemagne, a été mis à la porte après avoir quitté sans prévenir le "staff" allemand, à la mi-temps du match contre la Russie.

Le joueur ne décolérait pas de n'avoir pas été retenu pour cette rencontre.

Un autre cadre de l'équipe, Torsten Frings, a également vivement manifesté sa mauvaise humeur cette semaine. Le milieu du Werder Brême, 78 sélections, n'a pas apprécié de n'avoir été autorisé à jouer que six minutes face à la Russie et d'être resté sur la banc face au pays de Galles. Il a menacé de quitter la sélection nationale.

Quelles que soient les péripéties futures, Joachim Löw se retrouve dans une position bien délicate. Car l'Allemagne peut-elle se passer de Ballack? "Non", répond la légende du foot, Franz Beckenbauer, vendredi dans le quotidien populaire Bild. "Ballack reste le meilleur joueur que nous ayons actuellement, le seul de classe mondiale", estime-t-il. "Ces dernières années, il est devenu un vrai capitaine. En tant qu'entraîneur, on ne peut pas se passer d'une telle personnalité."

Les coéquipiers de Ballack se sont montrés plutôt discrets jusqu'ici, à l'exception du défenseur Philipp Lahm. Quand il y a un problème, "on doit en parler en interne. L'entraîneur sélectionne les joueurs. Aucun joueur ne doit s'exprimer là-dessus en public", a assuré celui qui passe pour être un "sage" au sein de la Nationalmannschaft.

L'ancien sélectionneur national et actuel entraîneur du Bayern Munich, Jürgen Klinsmann, a estimé de son côté que la situation était "tout à fait simple". "Michael doit s'excuser pour ses déclarations auprès de l'entraîneur et de ses coéquipiers", a-t-il assuré.