Lutte contre les violences faites aux femmes: l'état des lieux en Europe

STRASBOURG (AFP) — Le Conseil de l'Europe a préconisé de généraliser sur tout le continent les "bonnes pratiques" de certains pays pour éradiquer les violences faites aux femmes, mardi lors d'une conférence de bilan d'une campagne de trois ans contre la violence domestique.

"Il reste énormément à faire car les mesures prises ne sont pas suffisamment efficaces pour éradiquer ce fléau", a prévenu le secrétaire général Terry Davis. "La moitié de nos 47 Etats membres n'incriminent pas de tels actes et un tiers n'ont pas assez de foyers d'accueil pour les victimes", a-t-il regretté.

"En Europe, plus d'un quart des femmes subissent des violences physiques au moins une fois et plus d'un dixième sont victimes de violences sexuelles" a rappelé Carol Hagemann-White de l'université d'Osnabrück en Allemagne.

La majorité des actes sont commis par des hommes de leur entourage immédiat, le plus souvent des partenaires ou d'anciens partenaires, selon cette universitaire qui a dressé un "état des lieux" des mesures mises en place.

Parmi les exemples de bonnes pratiques, elle cite des entreprises du secteur textile en Turquie qui apposent une étiquette "Stop à la violence à l'égard des femmes" à l'intérieur des vestes qu'elles fabriquent. En Allemagne, une chaîne de boulangerie a fait imprimer sur ses sacs en papier un slogan semblable.

En Angleterre, la campagne White Ribbon a fait appel à quatre équipes de football pour distribuer des rubans blancs et imprimer une demi-page de publicité sur les programmes de leurs matches.

D'autres bons points ont été distribués mardi à Strasbourg:

- En Espagne ont été instaurés des tribunaux spécialisés pour juger les auteurs de ce type de violence.

- En Autriche, les policiers sont formés pour expulser du foyer les auteurs de violences.

- En Slovénie, le personnel des hôpitaux est formé au dépistage de la violence domestique.

- En Albanie, le Fonds japonais "Femmes en développement" a financé un projet "Violence à l'égard des femmes - Ce n'est plus une histoire de famille" lancé par une agence onusienne.

- En Suède, un "plan d'action" énonce clairement que "la violence à l'égard des femmes ne peut se justifier en invoquant des coutumes, traditions ou considérations d'ordre religieux".

- Aux Pays-Bas, une nouvelle mesure interdit à l'auteur des violences l'accès au domicile familial pendant dix jours comme mesure immédiate.

- En Bulgarie, Géorgie, Turquie et Hongrie, le nombre des foyers et places d'accueil pour femmes est en hausse.

Mais il y aussi quelques regrets: ainsi l'Azerbaïdjan et Monaco ne font pas du viol conjugal un crime ou un délit.

En Autriche, Géorgie, Irlande, au Monténégro et aux Pays-Bas, le harcèlement sexuel au travail n'est pas non plus un délit sauf s'il est associé à un autre acte criminel (agression, viol).

Huit Etats n'incriminent pas la violence psychologique à l'égard du conjoint.

La moitié des pays membres ne proposent pas de ligne nationale d'assistance téléphonique gratuite pour les victimes.

Le Conseil de l'Europe s'étonne du taux "incroyablement bas de condamnations par comparaison avec d'autres crimes violents" et martèle que la violence domestique "n'est pas une affaire privée".

Il a reçu mardi le soutien d'Etats et d'ONG pour élaborer une Convention européenne sur "les violences fondées sur le genre".

Outre la violence physique entre partenaires ou anciens partenaires, le viol, les violences sexuelles et le harcèlement sexuel, son champ serait élargi aux mutilations génitales féminines, aux mariages forcés et aux crimes d'honneur.