LE CAIRE (AFP) — Galvanisée par son appel à la grève générale de dimanche, la blogosphère égyptienne bruisse d'un nouveau jour de contestation, le 4 mai, pour le 80e anniversaire du président Hosni Moubarak.
"Nous avons réussi le 6 avril, alors recommençons le 4 mai", affirme lundi un message sur le site de Facebook, d'où était parti l'appel sans précédent à la grève, finalement peu suivi.
Loin d'être échaudés par cet échec apparent face à un pouvoir qui a cru devoir quadriller le pays, les cyberactivistes affirment que "Si Dieu a créé le monde en six jours, on ne changera pas l'Egypte en un seul".
La police a interpellé plusieurs blogueurs, dont des figures de la blogosphère égyptienne, comme Mohammed Charkaoui ou Malek Moustapha, ou encore Esraa Adel Fattah, créatrice du groupe "6 avril" sur Facebook.
En quelques semaines, à en croire le décompte du site de socialisation, ils auraient été 64.000 membres à s'être inscrits dans ce groupe que veut désormais relayer celui baptisé "Première semaine de mai".
C'est comme une traînée de poudre que s'était répandu, via internet ou des SMS, cet appel contre la vie chère alors que l'inflation et la pénurie du pain subventionné provoquent une forte tension sociale.
Mais, en dépit d'une explosion d'internet et des téléphones mobiles, il ne pouvait avoir d'écho que parmi les jeunes, les intellectuels et les milieux favorisés d'un pays où 40% des 80 millions d'habitants sont illettrés.
L'ambition de jeunes blogueurs, qui n'hésitent pas à signer de leur nom sur "3arabawy" ou "egyptianchronicles", est d'être les interfaces entre la société civile et un mouvement ouvrier en plein réveil dans l'industrie textile.
De violents incidents ont éclaté dimanche entre forces de sécurité et manifestants dans la cité industrielle de Mahalla (delta), siège d'un grand complexe d'Etat de filature et de tissage.
Plusieurs sites, ou réseaux comme Twitter, ont livré avec actualisations rapides, sinon vérifications, des "nouvelles" sur le seul point chaud de cette journée de "colère populaire". Des images ont été diffusées sur YouTube.
Parmi des témoignages vraisemblables, l'annonce --inexacte-- de deux morts a aussi été reprise dimanche soir de blog en blog.
A l'heure du bilan, les commentaires étaient contrastés, le ministère de l'Intérieur évoquant "l'échec des professionnels de la provocation et des courants illégaux".
"L'appel à la grève a eu peu d'échos car les jeunes qui l'ont lancé n'ont ni expérience, ni relais, ni assise populaire", a estimé un politologue réputé, Mohamed Kamel al-Sayyed.
"Mais il ne faut pas le sous-estimer car c'est une première sur fond d'un mécontement assez généralisé dans le pays", a-t-il dit à l'AFP.
Hors partis, ces jeunes ne semblent plus se reconnaître uniquement en Kefaya, la nébuleuse d'opposition créée en 2004, conduite par un intellectuel islamiste Abdel Wahab Messiri et en perte d'influence.
Dans les blogs vibrionnants, les opinions allaient aussi en tous sens, avec des critiques généralisées sur le quadrillage sécuritaire et l'intimidation policière.
"On n'a pas réussi à manifester, mais la grève a marché", estime Rihane el-Kadi sur Facebook à qui Yahia Ewadah Hassoun réplique: "Non, la grève était aussi un échec, mais c'est à cause de la police."
La prochaine fois? La date symbolique du 4 mai, qui correspond au 80e anniversaire du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 26 ans, circule dans divers blogs, et est aussi citée par le quotidien de gauche al-Badil.
"Il faut informer ceux qui n'ont ni internet ni portable de la grève", écrit Osama Mohamed Refaat.
Après avoir appelé à manifester pacifiquement ce jour-là, "Ana Masri", un pseudonyme qui veut dire en arabe "Je suis un Egyptien", conclut en demandant de ne pas oublier à "prendre des fleurs à tendre aux policiers!"
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