Angola: Sarkozy et Dos Santos tournent la page des années de brouille

LUANDA (AFP) — Les présidents français Nicolas Sarkozy et angolais José Eduardo Dos Santos ont promptement tourné la page vendredi des années de brouille causées par l'affaire de l'Angolagate, et donné le coup d'envoi d'une "nouvelle ère" dans la relation entre leurs deux pays.

Arrivé à l'aube à Luanda, M. Sarkozy est reparti de Luanda en début d'après-midi avec la satisfaction d'avoir effacé en dix-sept heures de vol, un entretien et un déjeuner le lourd contentieux qui opposait la France au deuxième producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne.

"Nous avons décidé de commencer une nouvelle ère de nos relations bilatérales marquée par l'amitié, la confiance et le respect mutuel", s'est réjoui M. Dos Santos, saluant "l'effort développé par le président Sarkozy pour éliminer toutes les difficultés qui empêchaient le renforcement et la coopération entre nos deux pays".

"Nous avons décidé de tourner la page des malentendus du passé et nous avons décidé de travailler ensemble, main dans la main, à un avenir de développement et de paix. La France veut s'engager sur le long terme avec l'Angola", s'est félicité en écho son homologue français.

Depuis la visite de Jacques Chirac en 1998, les relations entre les deux pays étaient mises à mal par l'enquête ouverte par la justice française sur des ventes d'armes jugées illégales, entre 1993 et 2000, au régime angolais, alors en guerre contre les rebelles de l'Unita de Jonas Savimbi.

Aucun responsable angolais n'a été poursuivi dans cette affaire dont le procès doit débuter en octobre en France. Mais le président Dos Santos avait été "profondément blessé" d'être "assimilé à un contrebandier d'armes", selon un responsable français, et avait rompu tout contact avec Paris. Ce n'est qu'après le départ de Jacques Chirac qu'il avait renoué avec la France en rencontrant son successeur à New York.

Initialement prévue en février lors d'une étape sur la route vers l'Afrique du Sud, cette visite avait été reportée pour des raisons de calendrier, Nicolas Sarkozy souhaitant "faire spécialement le déplacement", selon l'Elysée.

L'hypothèque de l'Angolagate levée, la France et l'Angola ont donné vendredi le coup d'envoi d'une "nouvelle ère", selon le mot de M. Dos Santos, dans leur coopération politique et économique.

Prenant acte du rôle de "puissance majeure de la région et de l'Afrique" joué par l'Angola, le président français a annoncé qu'il le consulterait désormais "systématiquement sur l'ensemble des grands dossiers africains". Luanda est ainsi intervenu de façon décisive à la fin des années 1990 pour soutenir les régimes menacés des deux Congo voisins.

Sur le plan économique, il a exprimé la volonté de la France de participer au juteux marché de la reconstruction d'un pays dévasté par vingt-sept ans de guerre civile. "Le potentiel économique de l'Angola est immense", a-t-il insisté avec gourmandise.

Outre le retour à Luanda de l'Agence française de développement (AFD), il a annoncé la création d'une "fondation France-Angola" pour y piloter les futurs projets de développement.

En marge de la visite, Christophe de Margerie, le patron de Total, deuxième opérateur pétrolier en Angola, a répété sa volonté de décrocher la première place "d'ici deux, trois ans" en multipliant par plus de deux la production à 700.000 barils/jour.

Nicolas Sarkozy n'a pas publiquement évoqué vendredi les questions de corruption et de transparence dans l'utilisation des pétrodollars, qui valent à l'Angola de nombreuses critiques. "C'est sûr qu'il y a des progrès à faire, mais c'est plutôt une raison de les aider", a plaidé un responsable français.

Mais il a en revanche souligné avoir "fortement encouragé" M. Dos Santos à poursuivre sur la voie de la démocratisation.

L'Angola doit organiser en septembre ses premières élections législatives depuis la fin de la guerre en 2002.