Cancer et secret médical: première séance du Comité éthique et cancer

PARIS (AFP) — Tout patient, fût-il mourant, a droit au secret sur sa maladie, mais sa famille peut avoir un besoin absolu d'être informée: le comité "Ethique et cancer" a tenu sa première séance vendredi pour essayer de répondre à ce dilemme.

Ce comité indépendant, créé à l'initiative de la Ligue contre le cancer et installé vendredi au siège de la Ligue à Paris, est susceptible de répondre à toute question non directement médicale posée par les patients, leur famille, le personnel soignant soumis à un cas de conscience, ou n'importe qui.

Selon la ministre de la santé Roselyne Bachelot, c'est le premier du genre en Europe.

Ce Comité réunit 35 personnes de tous horizons: cancérologues, infirmières, proches de malades, psychologues, sociologues, généralistes, juristes, chercheurs... Il sera saisi en cas de "conflit entre des principes très forts, des rationalités morales opposées", selon les termes du généticien Axel Kahn, coprésident avec Francis Larra de la Ligue.

Le premier cas qui lui a été soumis, devant la presse, s'est présenté récemment dans un service de cancérologie. Cas à valeur d'exemple, il met en opposition le principe du respect du secret professionnel et celui de l'assistance à la famille.

Georges B., 45 ans, soigné pour un cancer du poumon dans un hôpital d'Ile-de-France, apprend qu'il est incurable. Il demande aux médecins de ne rien dire à sa famille. Mais les médecins, au sortir de la chambre, sont interpellés par son épouse de 40 ans qui veut savoir la vérité: elle a trois enfants de 6 à 12 ans et en cas de décès de son mari elle devra reprendre une activité professionnelle.

Quel conseil doit-on donner aux soignants? De se taire, conformément à la loi, ou au contraire, pour l'aider, de prévenir la famille? Que faut-il privilégier: l'exigence du malade, le premier concerné, ou les besoins de ceux qui lui survivront?

"L'épouse est seule à pouvoir dire son angoisse à son mari, le soignant ne peut intervenir qu'en la poussant à lui parler", estime Françoise May-Levin, conseillère médicale à la Ligue.

La majorité des intervenants ont estimé aussi qu'il n'appartient pas au soignant de s'immiscer dans la vie de la famille mais d'inviter le couple à "retourner dans l'intimité du dialogue".

"Il faut donner du temps au temps", note une infirmière, suggérant l'aide d'un psychologue ou d'une assistante sociale.

Un membre de la Ligue raconte qu'il a respecté la volonté de sa femme cancéreuse en ne disant pas à sa fille que sa mère allait mourir. "Huit ans après, ma fille est toujours traumatisée", dit-il. Une mère de malade estime qu'à partir du moment où on a arrêté un traitement, "toute la famille s'en aperçoit", et "le malade sait que la famille sait".

Dans le cas de Georges B., les médecins ont finalement dit à sa femme que son mari n'allait "pas bien" et que "rien ne permettait de penser qu'il puisse aller mieux". Ils lui ont dit aussi que son mari ne voulait rien lui dire pour "la protéger", son premier mari étant mort d'un cancer dans des circonstances difficiles.

Le malade n'a jamais su que son épouse était au courant.

Ce comité aura un rôle consultatif et se réunira chaque trimestre. Les avis, rendus à bref délai, seront publiés sur le site de la Ligue.

Le Comité peut être saisi par voie postale (Ligue contre le cancer, question éthique, 14 rue Corvisart, 75013 Paris) ou par internet (ethique@ligue-cancer.net).