Mayotte, la question de la suspension du droit du sol fait débat

MAMOUDZOU (AFP) — L'évocation, par Christian Estrosi, d'une possible suspension du droit du sol à Mayotte, provoque un débat dans une île française où l'on s'inquiète à la fois d'une immigration sauvage accélérée et des risques d'un traitement d'exception par rapport à la norme française.

Pour l'ancien député UMP de Mayotte, Mansour Kamardine (UMP), qui avait déposé une proposition de loi de suppression du droit du sol dans l'île, il faut "redéfinir" cette notion pour Mayotte. "La projection dans dix ans indique que sur cette lancée, 60 % de la population de Mayotte sera d'origine clandestine", explique-t-il.

Selon les estimations, un tiers des habitants de Mayotte, plus de 200.000 habitants, sont des clandestins, originaires des îles voisines des Comores, en particulier d'Anjouan, qui sont attirés par les avantages économiques et sociaux qu'offre l'île française. La situation est d'autant plus tendue que le gouvernement des Comores veut intervenir militairement pour déloger l'homme fort d'Anjouan, Mohamed Bacar, rebelle à l'autorité centrale, ce qui ferait fuir de nombreux Anjouanais vers Mayotte.

Vendredi, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Christian Estrosi, a envisagé sur France 2 "une décision exceptionnelle" concernant Mayotte, où "tout enfant né de parents en situation irrégulière" ne pourrait plus "réclamer" la nationalité française. Le sénateur UMP de Mayotte, Ibrahim Soibahaddine, soutient une évolution du droit du sol dans l'île, et s'inquiète de l'évolution de la population mahoraise.

"L'augmentation des naissances d'enfants d'immigrés, l'augmentation du nombre des étrangers en situation irrégulière et parallèlement l'émigration des Mahorais vers l'île de La Réunion et la France métropolitaine, ainsi que la chute du taux de fécondité (on est actuellement à moins de quatre enfants par femme mahoraise), tous ces éléments constituent des facteurs de risques sérieux", a-t-il déclaré sur RFO Télé Mayotte.

L'autre sénateur mahorais, Adrien Giraud (UDF), a souligné pour l'AFP que "le droit du sol n'est pas institutionnel, c'est une loi qui peut être modifiée par une autre loi".

A gauche, le premier secrétaire fédéral du PS à Mayotte, Ahmed Mounirou, est favorable à la réforme du droit du sol dans l'île, mais souligne que cette mesure ne résoudra pas toute la question de l'immigration clandestine. "Je ne pense pas que cette loi découragera ceux qui fuient la misère et la vie difficile aux Comores , a-t-il déclaré sur RFO Télé Mayotte.

A l'inverse, le député de Mayotte Abdoulatifou Ali (MoDem) a déclaré sur RFO Télé Réunion qu'il ne "voyait pas" comment "on pourrait déroger au droit national" à Mayotte, dénonçant une "inégalité de traitement entre les Français contraire à la Constitution française". Même argument chez le président du Conseil général, Said Omar Oili (sans étiquette).

"Si cette loi s'applique dans l'ensemble de la République française, moi, je dis oui, mais pourquoi encore une exception de plus alors que nous demandons d'avoir le droit commun", s'est-il insurgé. Parmi les Mahorais, nombreux sont ceux qui se préoccupent de l'augmentation de la population immigrée dans l'île. Une fonctionnaire préconise une suspension du droit du sol pour les nouveaux arrivants mais une régularisation pour les résidents de plus de 15 ans à Mayotte.

"Nous ne dormirons jamais tranquilles à Mayotte tant qu'on n'améliorera pas l'éducation, la santé, la vie en général" dans les îles voisines, affirme un autre habitant.