Galop d'essai pour la rénovation du PS à Avignon
AVIGNON (AFP) — Les socialistes ont entamé samedi un travail de longue haleine, celui d'une réflexion de fond pour reprendre à la droite le leadership des idées, avec un premier "forum de la rénovation" à Avignon qui a ressemblé à une séance d'échauffement en l'absence de nombreux ténors.
Cette réunion de près d'un millier de personnes donnait le coup d'envoi de trois débats qui seront tranchés au prochain congrès, sans doute à l'automne 2008, pour sortir du flou et des contradictions qui minent le PS.
"Il n'y a pas de victoire possible si nous n'engageons pas la bataille des idées. Le combat politique est un combat idéologique, nous l'avons peut-être trop oublié", a déclaré le premier secrétaire François Hollande dans l'allocution de clôture.
La rencontre d'Avignon portait sur "la nation", avant "le marché et la mondialisation" puis "individu et société" d'ici à la fin janvier.
Elle n'a guère prêté à controverse, malgré les désaccords internes que Ségolène Royal avait suscités au printemps en glorifiant "la République métissée" et en exaltant le drapeau tricolore et la Marseillaise.
D'autant qu'outre l'intéressée, Bertrand Delanoë, Laurent Fabius et les "rénovateurs" les plus ardents, comme le jeune député-maire d'Evry Manuel Valls, n'avaient pas fait le déplacement, tous retenus par diverses obligations.
Ces absences agacent la direction du parti. "On ne peut pas répéter qu'il faut rénover le PS et ne pas participer au travail collectif engagé pour le faire", selon Stéphane Le Foll, bras droit de François Hollande.
En à peine plus de trois heures, l'échange, qui s'est tenu dans le brouhaha, a pris une allure de "forum participatif" cher à Ségolène Royal : pas d'estrade, mais un espace d'expression avec deux pupitres au coeur de l'assistance.
De l'aveu même de Jean-Jacques Urvoas, responsable du forum d'Avignon, la fièvre réformatrice ne s'est pas emparée des militants et responsables des régions, plongés dans la préparation des municipales de mars.
Le processus est "étranger, pour l'essentiel, aux militants", a reconnu le dirigeant de la fédération du Finistère, d'autant que "huit semaines" seulement avaient été allouées à la réflexion.
Proche de Ségolène Royal, Malek Boutih a exprimé, avec sa franchise habituelle, le plus grand scepticisme sur l'aggiornamento socialiste. Le secrétaire national du PS aux questions de société a ironisé sur "une rénovation sagement disciplinée (...) qui honorera tous les grands chefs de ce parti".
"La rénovation n'est pas un long fleuve tranquille. Veillons à ne pas corseter les débats", a renchéri le strauss-kahnien Christophe Borgel.
Quant à Manuel Valls, il a dénoncé dans un entretien au Journal du dimanche "un artifice", continuant de réclamer un congrès extraordinaire du PS.
Le thème de la nation a été l'occasion de souligner le clivage, là aussi, entre la droite et la gauche.
La droite porte une conception "nostalgique" de la nation, qu'elle voit comme "une solution de repli face à la mondialisation" alors que la gauche en a "une vision dynamique" dans laquelle "la citoyenneté" prime sur "le sang", selon M. Urvoas. "Ce n'est pas simplement une communauté, mais une volonté, une envie, un contrat, un désir d'être ensemble".
François Hollande s'est "félicité que Ségolène Royal n'ait pas laissé le monopole de la nation à Nicolas Sarkozy". "Chaque fois que la gauche a oublié la nation, la droite s'est engouffrée dans la brèche", a-t-il observé.
Le patron du PS a annoncé "une charte de la citoyenneté du 21e siècle".

