Paris, Prague et Stockholm définissent leurs priorités communes pour l'UE

PRAGUE (AFP) — La France, la République tchèque et la Suède ont tracé mardi à Prague les grandes lignes de la présidence européenne que les trois pays occuperont tour à tour entre juillet 2008 et décembre 2009, avec comme grand défi la réforme des institutions européennes.

"Personne ne sait ce qui se passera après la présidence tournante", quand le traité de Lisbonne aura été ratifié par les 27 pays membres, mais "il faut trouver un autre fonctionnement", a souligné le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner.

"Déjà, le fonctionnement à 12 et à 15 était compliqué, alors à 27, on peut dire que ça fonctionne par miracle... le moindre tour de table exige trois ou quatre heures de débats pour que chacun puisse s'exprimer", a-t-il relevé au cours d'une rencontre avec la presse francophone à Prague.

Désigner le futur président du Conseil européen "ne sera pas facile", a-t-il ajouté, estimant qu'il était "bien trop tôt pour prononcer des noms".

Outre la nomination du président et du nouveau Haut représentant des Affaires étrangères, "il faudra mettre en place le service extérieur de l'Union", décider "d'où sortiront les diplomates et qui va les payer" mais aussi mettre en place une politique européenne de défense, a-t-il expliqué.

Autant que la mise en place des réformes institutionnelles, l'énergie et le climat, la compétitivité et la politique d'immigration figurent parmi les grandes priorités communes que Paris, Prague et Stockholm ont défini pour les prochains dix-huit mois dans un protocole d'accord de 75 pages.

"Ce sera une période excitante et compliquée" qui va demander "beaucoup d'efforts à la France, à la République tchèque et à la Suède", a prédit la ministre suédoise des Affaires européennes Cecilia Malstroem, venue à Prague ratifier ce protocole au terme de neuf mois de négociations intenses.

"Nous voulons avancer et non stagner", a souligné le vice-Premier ministre tchèque chargé des Affaires européennes, Alexandr Vondra, en appelant à "des réformes pour rapprocher l'Union des citoyens".

Les Tchèques qui ont rejoint l'UE en 2004, ont toujours été très critiques vis-à-vis de la bureaucratie européenne et très réticents vis-à-vis de toute forme de centralisation. Fait significatif, c'est l'ancien président Vaclav Havel, grand architecte de l'intégration de son pays dans l'Union européenne, qui a présidé mardi aux côtés de M. Kouchner la clôture d'un colloque intitulé "Visions d'Europe" - et non l'actuel président Vaclav Klaus connu pour ses positions très eurosceptiques.

"95% des discussions sur l'unification européenne portent sur des questions matérielles comme les quotas ou les droits de douanes (...) mais cela ne peut être une fin en soi: le temps est venu pour l'Europe de réhabiliter ses valeurs immatérielles", a souligné M. Havel.

"L'Europe ennuie, elle nous ennuie, elle ne nous séduit pas", a regretté en écho M. Kouchner. "On a remis la constitution sur les rails mais on n'a pas remis sur pied l'appétit d'Europe", aujourd'hui "il manque un souffle et une vision politique", a-t-il dit.

A Prague, comme à Berlin, le chef de la diplomatie française a répété que Paris aborderait la présidence de l'UE "avec modestie", "dans un esprit de responsabilité, de dialogue et d'écoute".

"Nous n'avons pas l'intention de faire +cocorico+ tout de suite, ni de faire cocorico après, nous n'avons pas l'intention d'être tapageurs", a-t-il assuré.

Après la Slovénie, la France présidera l'UE à partir du 1e juillet, la République tchèque au 1e semestre 2009 et la Suède au 2e semestre 2009.