VARSOVIE (AFP) — Une tempête s'est levée en Pologne autour d'un livre à paraître lundi, qui précise de vieux soupçons contre le chef historique du mouvement anticommuniste Solidarité Lech Walesa, accusé par ses détracteurs d'avoir été collaborateur de la police politique communiste SB.
Dans des extraits du livre publiés mardi par le quotidien Rzeczpospolita (droite), ses auteurs, les historiens Slawomir Cenckiewicz et Piotr Gontarczyk affirment qu'à la lumière des dossiers de la SB, Lech Walesa avait dans les années 1970-1972 "informé plusieurs dizaines de fois la police". Il aurait parlé des activités des travailleurs des chantiers navals de Gdansk où il travaillait à l'époque.
Les thèses du livre, édité par l'Institut de la mémoire nationale (IPN) qui instruit les crimes nazis et communistes, circulent déjà en Pologne depuis plusieurs semaines et suscitent de vives polémiques.
Le Prix Nobel de la paix, maintenant âgé de 64 ans, rejette ces thèses avec fermeté et parle de "faux documents".
Blanchi en 2000 par la justice des accusations de collaboration avec la SB, Lech Walesa a publiquement reconnu avoir signé "un papier" après l'une de ses interpellations en tant qu'ouvrier opposant au régime, mais il a toujours qualifié d'"absurde" toute accusation de collaboration avec la police communiste.
Les auteurs du livre citent les copies des documents de collaboration d'un agent de la SB, actif dans les années 1970 sous le nom de code de "Bolek", qu'ils identifient comme Lech Walesa. Ils affirment que les originaux ont été escamotés par Walesa lui-même. Selon eux, il les avait empruntés aux archives de la SB, à l'époque où il était président de la République de 1991 à 1995, et ne les a jamais restitués.
Les historiens, âgés de 37 et 38 ans, reproduisent ou citent des documents de services spéciaux des années 1990 (UOP). L'UOP avait alors prêté au président Walesa, à sa demande, les dossiers le concernant. Ils reproduisent aussi des demandes ultérieures de restitution, adressées par l'UOP à Lech Walesa.
Dans de récentes interviews, l'actuel chef de l'Etat Lech Kaczynski a attisé la polémique, en soutenant les accusations des deux historiens. Il est même allé jusqu'à reprocher à Lech Walesa d'avoir été "le garant des intérêts de la pire frange de la nomenklatura" communiste, au moment de la chute de l'ancien régime en 1989.
Lech Kaczynski, et son frère jumeau Jaroslaw Kaczynski, furent des proches collaborateurs de Lech Walesa aux temps de Solidarité, avant de se brouiller avec lui après son élection à la présidence de la République en 1990.
Plusieurs intellectuels et militants de l'ancienne opposition démocratique polonaise ont protesté dans une lettre ouverte contre ce qu'ils ont qualifié de "campagne de dénigrement" d'un symbole de la lutte contre le communisme.
Le livre a divisé la direction d'IPN, dont le chef Janusz Kurtyka est un proche des frères Kaczynski.
Une vice-présidente d'IPN, Maria Dmochowska, s'est insurgée contre sa publication par l'institut.
"Je souhaite exprimer mes regrets, ma colère et ma gêne devant la publication sous le logo d'IPN du livre intitulé "La SB face à Lech Walesa", a-t-elle écrit dans une lettre personnelle au Prix Nobel de la Paix.
"Il faut voir l'histoire avec la perspective d'une grenouille ou la regarder avec les yeux de la police politique, pour en comprendre ce que les auteurs de ce livre en ont compris", a-t-elle martelé.
Dans une émission télévisée lundi soir, Lech Walesa a posé à ses détracteurs une question restée sans réponse: pourquoi l'ancien régime communiste, qui avait cherché par tous les moyens à le discréditer aux yeux de l'opinion publique, ne s'est pas servi à l'époque des documents incriminés sur sa prétendue collaboration avec la SB?
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