Assassinat d'un pâtissier: l'accusé, un brasseur d'affaires au passé agité

CRETEIL (AFP) — L'examen des activités professionnelles de Xavier Philippe, ex-patron d'une boulangerie-pâtisserie du Marais à Paris accusé de l'assassinat de son ex-associé en 2005 à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne), a fait apparaître lundi le passé très agité d'un brasseur d'affaires.

Au premier jour de son procès devant la cour d'assises du Val-de-Marne à Créteil, Xavier Philippe, 51 ans, s'est décrit lui-même comme un homme qui a "toujours eu la bosse du commerce", passant de la création d'un club d'arts martiaux à celle d'établissements de nuit.

Originaire d'Orléans, ce carrossier de formation, diplômé de karaté, qui a toujours clamé son innocence, a multiplié les activités dans des domaines variés, jusqu'à son incarcération en décembre 2005.

Avant cette date, il avait déjà effectué dans les années 1980 plusieurs séjours en prison à la suite d'affaires liées à ses activités ou celles de son frère jumeau Bertrand, dont les procédures, regrette la présidente Edith Dubreuil, n'ont pas pu être retrouvées.

A 17 ans et demi, il crée un club d'arts martiaux, tout en travaillant dans un garage comme carrossier, avant de monter un commerce de fourrure. Un restaurant-discothèque sur une péniche suivra.

Mais alors que ses affaires marchent bien, une agression en 1982 au Quiproquo, une boîte de nuit du Loiret tenue par son frère et son compagnon Tony, le conduit en prison. "Pour se défendre", explique l'accusé, il avait tiré sur des agresseurs. Il possédait une armes chargée de "munitions à grenailles". "Je ne pensais pas que ça pouvait blesser", tente de justifier Xavier Philippe qui était, en plus, à l'époque, sous-officier réserviste. Sa victime avait perdu un oeil.

Le "traumatisme" de la prison, la perte de son commerce de fourrure à la suite de son incarcération, le "révolte". Sorti de prison, il affirme avoir voulu "s'arrêter de vivre" en retournant là où s'était produite l'agression de la discothèque : il arrose le Quiproquo d'essence "et moi aussi et je me suis mis le feu". Grièvement brûlé, il sera condamné pour incendie volontaire, de même que son père.

"Pourquoi ce mode de suicide qui consiste à ruiner Bertrand et Tony ?" plutôt qu'une arme, s'étonne la présidente.

Quatre ans plus tard, en 1986, c'est son propre restaurant qui brûle. "La compagnie d'assurances vous a soupçonné", dit Mme Dubreuil, avant de préciser que le dossier s'est clos par un non-lieu.

Il montera ensuite un commerce de transport, créera avec son frère et Tony le "Banana Café", établissement fréquenté par la communauté homosexuelle à Paris, avant de se lancer dans la boulangerie-pâtisserie avec Christophe Belle, retrouvé tué de trois balles dans la tête dans un bois à Sucy-en-Brie le 17 mai 2005, des faits qui lui valent de comparaître aux assises.

Très prolixe, accompagnant souvent ses paroles de grands gestes de la main, Xavier Philippe a toujours nié toute implication dans l'assassinat de son associé, de même que l'intérêt financier qu'il aurait retiré de sa mort, thèse de l'accusation.

La nuit du crime, il avait reçu à 2h56 sur son téléphone portable un message de la victime lui disant "Bon, ben, à tout de suite, je suis là dans 10, 15 minutes", laissant supposer un rendez-vous nocturne entre les deux hommes, ce qu'il a toujours démenti.

Le procès devrait voir défiler 67 témoins et revenir sur les épisodes de ce passé agité, avec notamment sa mise en examen en 2006 pour complicité de tentative d'assassinat.