Sarkozy à la peine face à l'accumulation de difficultés et une UMP inquiète
PARIS (AFP) — Malgré un retour sur le terrain et la discrétion désormais observée sur sa vie privée, Nicolas Sarkozy peine à enrayer sa chute dans les sondages et doit désormais faire face à la grogne de l'UMP, qu'inquiètent les perspectives de mauvais résultats aux élections municipales.
Alors que les éditorialistes étaient nombreux mardi à se demander si Nicolas Sarkozy n'était pas "en train de perdre la main", le chef de l'Etat, en visite en Guyane jusqu'à mardi soir, a évité de parler des sujets qui font mal: les deux nouveaux sondages confirmant le dévissage de sa cote de popularité et le pataquès de Neuilly-sur-Seine.
Tout juste a-t-il lancé aux journalistes qui lui demandaient s'il était inquiet: "moins que vous".
Pourtant, "le président est de mauvaise humeur!", assure un ministre en énumérant les raisons pour lesquelles, selon lui, "Nicolas Sarkozy se sent esseulé": une popularité en berne quand celle de son Premier ministre remonte, le "psychodrame" de Neuilly, les bisbilles entre ministres que la perspective d'un remaniement ministériel après les municipales rend "nerveux", des députés UMP qui crient haro sur ses conseillers...
Déjà inquiets de voir la popularité du président continuer à baisser à seulement un mois des municipales, certains responsables de droite n'ont guère apprécié la façon dont le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, vient d'être évincé par ses colistiers, dont Jean, le fils du président, après avoir été parachuté par le chef de l'Etat lui-même tête de liste à Neuilly-sur-Seine.
Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, a jugé mardi "regrettable" et "inutile" ce "mouvement d'humeur" des colistiers de M. Martinon. "Ce n'est pas comme ça que les choses doivent se faire", a commenté mardi Jean-François Copé, patron des députés UMP, promettant de "tirer toutes les leçons de tout cela après les municipales".
Selon un habitué des arcanes élyséennes, deux sondages sur la municipale de Neuilly avaient été commandés par l'Elysée. L'un d'entre eux, communiqué à la presse par une source anonyme, donnait M. Martinon perdant. L'autre, resté secret, le donnait gagnant.
Samedi soir, le président a pris la décision, selon un membre du gouvernement, de faire partir David Martinon. Et c'est son conseiller Claude Guéant, selon le même, qui l'en a informé. M. Martinon a d'abord tenté de résister --"je ne m'en irai que si le président me le demande"-- avant de finalement céder, lundi matin.
Motif de grogne supplémentaire à l'UMP: dans l'ancien fief du président, c'est finalement un non-UMP (Jean-Christophe Fromantin, divers-droite) qui a obtenu mardi le soutien du parti majoritaire. Et l'affaire vient encore de se corser avec la décision du responsable local de l'UMP, Arnaud Teullé, ancien colistier de David Martinon, de poser sa propre candidature...
Autre souci pour le président, selon un ministre: "Nicolas Sarkozy pense qu'il n'a pas assez de relais au niveau du gouvernement et du Parlement", et se demande notamment si François Fillon "ne serait pas en train de gérer ses sondages". Une autre personnalité de droite affirme que Nicolas Sarkozy lui a dit: "Fillon complote contre moi sans arrêt".
Selon le ministre, le président a particulièrement regretté les critiques contre M. Guéant: "Ce n'est pas bien de s'attaquer aux collaborateurs du président. Moi, je m'en suis toujours pris directement à Jacques Chirac, pas à ses collaborateurs. J'ai attendu qu'ils deviennent Premier ministre pour m'en prendre à eux", a-t-il lâché mercredi dernier devant les responsables de la majorité, faisant allusion à Dominique de Villepin.
Pour "reprendre la main", M. Sarkozy "va faire beaucoup de terrain", assure l'un de ses proches. Il devrait se rendre en province au moins une fois par semaine.

