PARIS (AFP) — Avec "Retour en Normandie", l'auteur du documentaire à succès "Etre et avoir" Nicolas Philibert part à la rencontre des acteurs non-professionnels mis en scène par René Allio en 1975 dans "Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère...".
Dévoilé en séance spéciale au Festival de Cannes 2007, le film sort mercredi dans une soixantaine de salles en France.
Une photo noir et blanc d'un jeune homme assis dans l'herbe ouvre "Retour en Normandie" : c'est Nicolas Philibert, en 1975, à 24 ans, sur le tournage du film d'Allio dont il était premier assistant à la mise en scène.
Pour tourner cette histoire inspirée du crime commis en 1835 par un jeune fermier qui tua à coups de serpe sa mère, sa soeur et son frère, René Allio avait souhaité faire jouer les principaux rôles par des paysans de Normandie, région du drame. Philibert sillonna les villages à la recherche de volontaires.
"J'ai passé trois mois sur les routes, allant d'une ferme à l'autre au gré de rencontres qui ont été très fortes humainement. Trente ans après, j'ai eu envie de revenir vers ces lieux et vers ces gens", avait expliqué Nicolas Philibert à l'AFP en mai, à Cannes.
Jacqueline, Joseph, Annick, Nicole ou Roger, qui jouèrent le père, la mère ou les soeurs de Pierre Rivière, n'ont pas quitté leur campagne normande. Le film de René Allio, mort en 1995, est demeuré leur unique expérience cinématographique.
"Pour moi, comme pour eux, ce fut une aventure de cinéma et une aventure humaine extraordinaires qui nous a fait rencontrer des gens que nous n'aurions jamais connus autrement. J'ai été frappé de voir à quel point le film d'Allio était vivant chez chacun".
C'est cette "vie", plutôt que des souvenirs jaunis, que Nicolas Philibert a souhaité recueillir: "Ce n'est pas un film du côté de la nostalgie, c'est un film au présent. Le passé n'a de sens que par ce qu'on en fait, par la façon dont il nous construit", estimait le cinéaste.
Son film interroge les circuits de la filiation, de la transmission de la mémoire entre ces acteurs éphémères et leurs enfants. Il s'arrête dans les recoins où s'égare la parole de ses interlocuteurs: la maladie d'une fille, le combat d'une boulangère pour retrouver la parole après un accident, la mobilisation contre un projet de centre d'enfouissement de déchets radioactifs.
"Au départ, il y a le film +Pierre Rivière+ puis ce cadre est progressivement pulvérisé, la narration déborde le sujet", décrit Nicolas Philibert.
Son film parle aussi de cinéma, du "désir de tourner", de "l'obstination folle qu'Allio a dû déployer pour aller au bout de son projet". Le tournage de "Pierre Rivière" a été retardé, des scènes supprimées, faute de financement.
"Je parle finalement du cinéma d'aujourd'hui, de tous ces films célébrés dans le faste de Cannes alors qu'ils ont été tellement difficiles à monter".
Le réalisateur d'"Etre et avoir", présenté en 2002 à Cannes, a travaillé sur ce nouveau projet dans un "confort relatif" grâce au succès du documentaire - 1,8 million d'entrées en France - qui retraçait l'année d'une classe unique dans une école d'Auvergne. Il en a profité pour tourner "Retour en Normandie", un film "plus fragile".
Copyright © 2009 AFP. Tous droits réservés. Plus »
