PARIS (AFP) — Longtemps protégée par le président de la République, la Garde des sceaux Rachida Dati, en proie aux critiques du monde judiciaire et de la gauche, se retrouve sous "l'oeil élyséen", mais garde la confiance de Nicolas Sarkozy, selon des sources UMP et du gouvernement.
La brouille entre la ministre de la Justice et les juges, qui s'est traduite, jeudi, par une journée d'action des magistrats (soutenus par l'ensemble des professions judiciaires), a conduit le président Sarkozy à recevoir lundi l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire).
L'ancienne ministre socialiste de la Justice Elisabeth Guigou y a vu un "désaveu" de Mme Dati, l'UMP "plutôt un appui".
La Garde des sceaux a pu assister à la dernière demi-heure de cette rencontre d'une heure entre le chef de l'Etat et les représentants des magistrats, à la sortie de laquelle l'USM s'est déclarée "satisfaite".
Les deux principaux syndicats, l'USM et le Syndicat de la magistrature (SM, gauche), avaient fait part de leur "insatisfaction totale" vendredi soir, à l'issue d'une rencontre qualifiée de "dialogue de sourds" avec Mme Dati.
Elles reprochent à la ministre de porter atteinte à l'indépendance de la magistrature et de mener une politique "tout sécuritaire" et "tout carcéral".
L'USM avait aussi vivement déploré son absence à son Congrès 2008, début octobre. Selon le syndicat, le président Sarkozy a répondu lundi "favorablement à l'invitation" qui lui a été faite de se rendre à son prochain congrès, en 2009.
Malgré la tension entre la ministre et les magistrats, Rachida Dati, même sous "surveillance" ou sous "l'oeil de l'Elysée", n'est pas sur la sellette, ont affirmé presque toutes les personnalités interrogées lundi par l'AFP, qu'elles soient de l'UMP ou gouvernementales, proches ou non de la Garde des sceaux.
"En résumé, je dirais que Rachida Dati est moins bien traitée par le président de la République qu'avant, du temps où elle était l'amie du couple Sarkozy, quand l'ex-femme du président, Cécilia, l'appelaient +ma soeur+, mais elle ne va pas quitter le gouvernement", affirme un proche du gouvernement.
Le même rapporte toutefois que le président a été "agacé" par le manque de réaction du ministère après la libération par erreur la semaine dernière d'un violeur présumé, obligeant M. Sarkozy à demander au parquet général de déposer une requête en rectification d'erreur matérielle.
Malgré ses déboires avec le monde judiciaire, "le président l'aime bien et il lui conserve sa confiance", renchérit un proche du chef de l'Etat, qui rappelle que la valeur "symbolique" de Mme Dati, première femme issue de la diversité promue à une fonction régalienne.
Prenant fait et cause pour elle, Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, a assuré samedi qu'"il n'y a pas de problème Dati" dont il a loué le "travail remarquable". Avec elle, il n'y a "pas d'opération +sauvez le soldat Ryan+", affirmait le même, dimanche, sur LCI.
Très sévère, un de ses collègues au gouvernement reproche toutefois à Mme Dati une "logique clonique" vis-à-vis du président Sarkozy, qui la conduit à "calquer sans nuances" la politique judiciaire du président. "Mais je ne la vois pas quitter le gouvernement. Il faut dire que ce n'est pas facile d'être la ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy", concède le même.
Mais "elle a fait le job", traduit un proche de M. Sarkozy, se félicitant de ce que Rachida Dati ait mené à bien les réformes voulues par le président, carte judicaire ou loi sur la rétention de sûreté.
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