HARARE (AFP) — L'opposition au président zimbabwéen Robert Mugabe a accusé lundi les services de renseignement militaire du régime de vouloir assassiner ses dirigeants, alors que le parti au pouvoir se prépare pour le second tour de la présidentielle, annoncé pour le mois prochain.
Se disant visé par un complot, le chef de l'opposition, Morgan Tsvangirai, a refusé de rentrer au Zimbabwe et son plus proche lieutenant, Tendai Biti, a affirmé être lui aussi menacé, comme des dizaines d'autres responsables de leur parti le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).
"Ils tuent des gens depuis 1980 et les services de renseignement militaire de Mugabe ont établi une liste de 36 à 40 personnes à abattre", a déclaré à l'AFP le secrétaire général du MDC lors d'une visite au Kenya.
"En tête de liste figurent notre leader Morgan Tsvangirai, moi-même et notre porte-parole Nelson Chamisa", a déclaré M. Biti.
Morgan Tsvangirai, qui a infligé à Robert Mugabe une défaite historique au premier tour le 29 mars, devait rentrer au pays ce week-end pour lancer la campagne en vue du second tour prévu le 27 juin. Mais il a annulé son retour en dernière minute, après l'annonce par le MDC de la découverte d'un complot.
Le parti s'est refusé à toute précision sur ce présumé complot, nié par l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF) de M. Mugabe.
M. Biti a cependant affirmé détenir des preuves irréfutables: "Nous savons qu'il y a un groupe de quelque 18 tireurs du renseignement militaire chargés de tuer notre leader et le reste d'entre nous. Mais nous ne nous laisserons pas intimider".
Les propos de M. Biti qui, comme M. Tsvangirai, a quitté le Zimbabwe peu après le premier tour, font encore monter les enjeux en vue du second tour lors duquel M. Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir, va tenter de se faire élire pour un 6e mandat.
Des analystes estiment qu'en se refusant à rentrer, M. Tsvangirai perd les bénéfices de sa victoire au premier tour.
La Zanu-PF, vaincue pour la première fois aux législatives organisées simultanément, en profite pour tenter de reprendre l'avantage et corriger les erreurs ayant conduit à sa déconfiture.
Selon le quotidien d'Etat The Herald, une commission doit distribuer de la nourriture avant le second tour et une autre organiser le transport en autobus des électeurs. "Nous nous sommes rendus compte que les gens avaient faim quand ils sont allés voter", a déclaré le porte-parole de la Zanu-PF, Nathan Shamuyarira.
La création de ces commissions a été décidée lors d'une réunion du comité central du parti vendredi lors de laquelle M. Mugabe a reconnu que le résultat scrutin avait été "désastreux".
M. Shamuyarira a souligné qu'il était vital pour la Zanu-PF de mobiliser les abstentionnistes du premier tour.
"Nous pensons que beaucoup de gens ne sont pas allés voter", a-t-il dit, selon The Herald. Le parti veut être "sûr que tous nos sympathisants qui n'ont pas voté au dernier scrutin iront au deuxième tour de la présidentielle", a-t-il ajouté.
La Zanu-PF a enregistré des résultats particulièrement mauvais dans les campagnes, jusque là considérées comme des fiefs du régime mais affectées par une chute de la production agricole due à des sécheresses répétées et à une réforme agraire menée dans la précipitation et la violence.
Le MDC accuse les autorités d'orchestrer la répression contre les populations rurales pour les dissuader de voter en faveur de l'opposition. Il fait état d'au moins 5.000 familles déplacées et 43 de ses sympathisants tués par des partisans de Robert Mugabe, qui réplique en reprochant à l'opposition de semer la terreur.
Pendant ce temps, deux leaders syndicaux, en prison depuis une semaine pour incitation à la rébellion, ont été libérés sous caution, à la condition de ne s'exprimer lors d'aucun meeting politique jusqu'à leur jugement.
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