Gare au risque de somnolence au volant

PARIS (AFP) — Après l'alcool et la vitesse excessive, la Prévention routière veut informer les automobilistes sur les risques de la somnolence au volant, devenue la première cause d'accident sur autoroute.

Près de 30% des conducteurs se disent victimes de somnolence au volant, selon une enquête nationale dont les premiers résultats ont été rendus publics jeudi par la Prévention routière et l'Association professionnelle autoroutes et ouvrages routiers (Asfa).

"La somnolence n'épargne personne", souligne Bernard Pottier, président de la Prévention routière, même s'il n'y a pas de radar ou de test pour la détecter... et la sanctionner.

La privation de sommeil a les mêmes effets négatifs que l'alcool sur la vigilance: une "veille active" de 17 heures d'affilée entraîne une diminution des réflexes équivalente à un taux de 0,5 gramme d'alcool par litre de sang (taux légal d'alcoolémie maximale).

Selon l'enquête menée par l'Asfa, 28,2% des conducteurs interrogés déclarent ainsi avoir souffert de somnolence au moins une fois dans l'année et 47% souffrir de somnolence lors des trajets de nuit. 4% déclarent avoir eu dans l'année un "presque accident" dû à la somnolence au volant.

Pierre Philip, spécialiste du sommeil au CHU de Bordeaux, précise que les conducteurs étaient interrogés sur un état de somnolence défini comme "une incapacité ou une difficulté extrême à conduire". 11% des "somnolents" ont eu un accident dans l'année, contre 4% chez les "non somnolents", précise-t-il.

Selon lui, 15 à 20% des accidents seraient attribuables à la somnolence dans les pays occidentaux, mais il n'existe pas de données pour la France.

On sait néanmoins que 34% des accidents survenant sur autoroute sont dus à la somnolence, indique Henri Stouff, président de l'Asfa. Plus de la moitié se produisent sur des trajets d'une durée inférieure à deux heures, le plus souvent entre 2h00 du matin et l'aube, ou entre 14h00 et 16h00.

Baillements répétés, picotements des yeux, raideurs dans la nuque, fourmillements dans les jambes, besoin incessant de changer de position, sont autant de signes d'alerte qui doivent inciter l'automobiliste à s'arrêter rapidement pour une pause sommeil.

Le seul "traitement" de la somnolence est le sommeil, martèle le Pr Philip. La caféine (l'équivalent de 2 cafés fort) est aussi une contre-mesure qui a prouvé son efficacité. "Une bonne nuit de sommeil avant de conduire" reste la règle de base.

Certains médicaments (somnifères, antidépresseurs...) peuvent provoquer des somnolences.

Pour sensibiliser les conducteurs à ce risque encore mal connu, la Prévention routière et les sociétés d'autoroutes vont diffuser 300.000 exemplaires d'un cédérom présentant les signes d'alerte et proposant des conseils pratiques. Ils seront distribués sur les autoroutes le week-end des 7 et 8 mai et durant toute la période estivale.

Le message "Somnolence au volant... pausez-vous" est aussi relayé sur un site internet dédié (www.pausez-vous.fr).

L'enquête a été menée par l'Asfa en novembre 2007, sous la direction scientifique du Pr Philip. Un échantillon de 5.000 personnes a été interrogé par téléphone, tandis que 35.000 témoignages ont été recueillis via internet auprès d'abonnés au service de télépéage Liber-t.

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