Géorgie: l'Occident offre son soutien, au moins économique

BRUXELLES (AFP) — Plus de deux mois après le conflit russo-géorgien, les Occidentaux ont promis à la Géorgie leur protection au moins économique, au cours d'une conférence de donateurs qui pourrait réunir près de 3 milliards d'euros d'aide pour Tbilissi.

"Nous avons à prouver - c'est une preuve politique - que nous sommes aux côtés de la Géorgie" après le conflit début août qui a vu Moscou s'assurer le contrôle des régions séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, dont le pays préside l'Union européenne.

"Il s'agit de prouver par la générosité des dons et la prise en charge de projets que nous n'oublions rien et que nous voulons une solution politique" pour ces deux régions, a-t-il ajouté, en présence du Premier ministre géorgien Lado Gourguénidzé.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a estimé que la présence de 67 pays et organisations financières internationales à cette conférence constituait "un message fort de notre engagement envers la Géorgie" surtout en période de "grave crise financière".

En début d'après-midi, les organisateurs en étaient déjà à 2,7 milliards d'euros d'engagements. Soit plus que les 2,38 milliards d'euros jugés nécessaires pour remettre sur pied l'économie géorgienne - en plein "boom" avant le conflit avec un rythme annuel de croissance de 10,5% - et aider les quelque 65.000 personnes déplacées par le conflit.

La Commission a déjà prévu "jusqu'à 500 millions d'euros" pour la période 2008-2010 - un quadruplement par rapport à son aide annuelle actuelle de 40 millions.

Les pays membres de l'UE promettent aussi des contributions individuelles : la Suède a annoncé 40 millions d'euros, l'Allemagne 33,7, la France 7.

Les Etats-Unis ont eux déjà promis un milliard de dollars (750 millions d'euros) et le Japon a annoncé mercredi une aide de 200 millions de dollars (151 millions d'euros).

Le FMI s'est engagé sur un crédit stand-by de 750 millions de dollars (535 millions d'euros).

Un autre milliard de dollars est espéré en prêts de la Banque mondiale, de la Banque européenne d'investissement et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

Ces engagements financiers du "camp occidental" contrastent avec son impuissance à remettre en cause sur le terrain la main-mise sur les deux régions de Moscou, qui a reconnu leur indépendance fin août.

Européens et Américains espèrent néanmoins que cette question sera rouverte dans le cadre des discussions de Genève, ouvertes difficilement le 15 octobre.

M. Kouchner a reconnu mercredi qu'elles pourraient durer des années. Il a aussi admis que le retrait des troupes russes des "zones adjacentes" aux régions séparatistes, auquel Moscou s'était engagé avec l'UE, comportait encore "des zones d'ombre", notamment avec leur maintien dans le district contesté d'Akhalgori.

M. Barroso a par ailleurs concédé que les Européens avaient tout intérêt à soutenir cette ex-république soviétique, candidate à l'adhésion à l'Otan, la plus occidentalisée du Caucase et important couloir d'acheminement vers l'Ouest des hydrocarbures de la Caspienne.

La commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a néanmoins assuré que l'aide européenne - dont l'utilisation sera contrôlée par les représentants de l'UE à Tbilissi - serait liée à la poursuite des réformes économiques et politiques par le gouvernement de M. Mikheïl Saakachvili. Notamment en matière d'indépendance du système judiciaire, des droits de l'opposition, et de liberté de la presse.

Dans une lettre ouverte mercredi, plusieurs responsables de l'opposition géorgienne ont insisté pour que la communauté internationale vérifie que l'aide ne serve pas à "renforcer le régime" en place.